Pas facile de se créer une réputation de Président.
Il y faut à coup sûr du talent, du travail, du temps et aussi un peu de chance.
S’afficher comme un homme normal témoigne d’une fausse modestie ou d’une singulière habileté : il n’y a rien qui ne rapproche plus que de se réclamer de la corporation du commun. De toute façon, chacun conviendra que pour briguer le mandat suprême, il faut une extraordinaire ambition et des amis qui se chargeront de raconter la belle histoire de votre parcours, sans arrière-pensées bien sûr.
Car toute réputation se construit de façon concentrique. La crédibilité passe par les propos de sa famille, ses voisins, ses collègues…éventuellement relayés. C’est au travers de ces différents cercles que se diffusent les rumeurs, bonnes ou mauvaises, prennent leur crédit ou s’étouffent dans l’œuf.
Pour avoir joué en solo, un moment ignorer la famille, Ségolène Royal, et même Lionel Jospin, qui affirmait sans rire que son « programme n’était pas socialiste », ont loupé la marche.
Le travail, pour un homme politique, c’est d’abord la perception de la pertinence de ses choix et décisions. C’est aussi un constat : un bilan contre un programme et des « engagements » qui laissent le citoyen largement incrédule. Le réalisme du bilan face au rêve d’un avenir meilleur. On peut évidemment nier la réalité et déclarer « préférer la prospective à la rétrospective »; jouer sur les mots.
Le temps nous a permis de mieux connaitre, sinon apprécier, la personnalité des candidats. La campagne électorale exacerbe les travers et fait découvrir quelques qualités. Mais le caractère change peu. Untel, méprisant par nature, pourra cultiver une proximité de circonstance. Tel autre, au tempérament plus jovial, joue l’ »austère », quitte à nous ennuyer. Les spécialistes appellent cela des postures. D’autres parlent d’impostures. Le citoyen, pense plutôt, qu’on le prend pour un gogo. Il y a une grande différence entre faire sourire et faire rêver…quoique la conquête passe souvent par un trait d’humour.
Et puis, il y a les événements et la chance.
Les événements révèlent tous les cent ans des hommes d’exception. Hélas, faute de stratèges, il faudra se contenter de tacticiens, un peu « bricoleurs »!
La chance, on l’a vu, sourit aux plus habiles, et vient souvent du malheur des autres…avec éventuellement un coup de pouce de ses faux amis. Encore faut-il savoir la saisir?…car celui qui gagnera, sera aussi celui qui limitera les fautes de goût et maladresses.
Trois mois, c’est quelquefois long.
Pino spectateur abusé






