nov 29

Parmi nos moteurs les plus puissants on trouve peu de vertus.

En revanche, l’argent, le sexe ou le pouvoir, quelquefois réunis, occupent une place de choix. Le souci de sa gloire, sa réputation,  est réservé à un petit nombre, même si chacun d’entre nous souhaiterait laisser une trace, plutôt favorable, dans la petite histoire de nos familles, amitiés, professions. Bien sûr ce n’est pas un ressort ; juste un souci de ne pas décevoir le regard de nos proches.

Chez les hommes politiques, le souci s’exaspère, devient obsédant, pour le meilleur et pour le pire, car il s’agit de l’Histoire, celle d’un village qui accueillera une place à notre nom, voire une statue, un monument, celle aussi du pays, du monde, pour entrer dans les livres. L’homme politique contemporain pressent que les posts , tweets et autres messages numériques n’impriment pas les mémoires ; il y faut le sceau de l’écrit et de l’image. Napoléon l’avait bien compris, qui, dans les brumes de Sainte Hélène, se résolut à écrire le vécu de son action. De Gaulle ou Churchill firent de même avec talent et sincérité sans doute. L’exercice fût d’autant moins difficile que le récit se fondait sur l’action. La réputation s’établit d’autant mieux que l’on a été au cœur des choses, que le temps a consacré la réalité visible et que de mauvais esprits n’ont pas trop travesti la réalité du moment.

L’exercice se complique lorsqu’il y a peu à conter ou raconter.

Ceci explique sans doute la foison d’ouvrages médiocres qui, faute d’actions déterminantes, relatent les anecdotes qui ne font que banaliser nos élus. Au lieu de les « présidentialiser » (mot curieux), il les rapprochent du peuple sous nos cotés les plus affligeants.

Et lorsque les commentateurs sont défaillants, alors le sujet, devenu objet, dicte à des journalistes consciencieux, ce qu’il aimerait que l’on croit. Jeu de dupes pour chacun. Fasciné par sa propre démarche, le candidat à la postérité oublie simplement la liberté du lecteur dont l’opinion fera un citoyen heureusement critique, souvent caustique. Quant à l’auteur, les miettes de bruit et d’argent adouciront la perception de sa complaisance.

Mais une image en chasse une autre, une nouvelle en remplace une autre ; ne restent que les actes, qui eux fondent la réputation, bien difficile à acquérir en ces temps d’impatience.

L’absence de culture, ou son oubli, ouvrent la voie, de part et d’autres de l’océan, à bien des petitesses.

Dans l’Art de la prudence, le jésuite espagnol Balthasar Gracian écrivait ce que Jacques Pilhan a justement professé au Phénix François Mitterrand : « Une nouveauté médiocre l’emporte d’ordinaire sur la plus haute excellence qui commence à vieillir. Il est donc besoin de renaître en valeur, en esprit, en fortune, en toutes choses, et de montrer toujours de nouvelles beautés, comme le fait le Soleil, qui change si souvent d’horizon et de théâtre, afin que la privation le fasse désirer quand il se couche, et que la nouveauté le fasse admirer quand il se lève. »

JPP

mar 10

Alors que les réputations usurpées se dévoilent et se dénoncent, que beaucoup se sentent trahis, qu’affirmer une conviction soulève le doute, il est bon de retrouver un peu de fraîcheur en s’attardant sur le passé.
Les réputations de nos contemporains se confrontent aux rumeurs véhiculées complaisamment par les mauvaises langues ou les bonnes âmes. Pour maquiller l’intention de détruire on parle de post-vérité. Après le principe de précaution, le principe de suspicion influence nos jugements.

A qui se fier?

Il est vrai que l’actualité éclaire douloureusement la question. Il est vrai aussi que s’en remettre à la réputation relève plus souvent de la facilité que de l’analyse critique. Mais il est tout aussi vrai qu’entre l’aventure et la promesse, quelquefois fallacieuse, qu’apporte la réputation, celle-ci engendre moins de déceptions.

Laissons de côté l’actualité politique largement commentée!
Regardons plutôt la légende et au delà le mythe qui la nourrit souvent.

Une marque, au contraire de bien des hommes publics ne peut bâtir sa réputation dans le mensonge. Le Tribunal du Marché est plus exigeant que celui de l’Opinion et moins versatile que les médias qui préfèrent trop souvent l’écume. Lorsqu’une marque est prise en flagrant délit, la sanction morale rejoint celle du marché et au besoin de la justice. Elle se défend mais ne se dérobe pas, car il lui faut être au rendez-vous tous les jours et non à de simples échéances.

Il y a même des marques qui ne mentent jamais.
Chacun en connaît dans son univers.
Dans la beauté, le luxe, les vins, les voitures ou les motos, par exemple. Leur promesse est rassurante.
Mythiques par leur histoire, elles nous font partager un imaginaire. Le mythe n’a pas de religion normée, ni de pays. Il crée un « entre soi ». On s’y reconnaît, se retrouve en confiance. La Ford T est un mythe tout comme la Harley-Davidson aujourd’hui. Nul besoin de littérature pour promouvoir les valeurs de la Harley, la liberté bien sûr, la solidarité aussi lorsqu’on entre dans la famille étroite des passionnés.

L’histoire parle pour ces marques mythiques.

La petite histoire parle aussi, hélas, pour beaucoup de nos hommes publics.

Pino, « on the  road again »

avr 03

Pas si simple de choisir !

Entre se fonder sur l’expérience ou sur la réputation souvent usurpée de candidats dont la plupart ne cherchent qu’une tribune ou un argument de négociation, un tiers des électeurs préfèrent la pêche.

Pour la plupart il faudra arbitrer entre des sentiments confus, son intérêt bien compris et la faible crédibilité des promesses. Conjuguer l’élan du cœur, la logique du réel et celle du portefeuille est un exercice impossible.

Au regard de l’histoire, Giscard aura probablement été le Président qui aura fait le plus appel à l’intelligence. Convaincant, il est aussi celui qui a le plus déçu ceux qu’il a séduits par le verbe. Avec le temps, il cherche sans succès à faire partager ses rêves sinon ses fantasmes, alors que d’autres présidents se sont attachés, sans calcul, le cœur des français. Il s’est trompé de siècle ou de République.

Gagner dans l’émotion et l’enthousiasme est un luxe de pays riche. Et pourtant, chacun aimerait s’enflammer à bon compte, au-delà de l’indignation, apporter sa pierre pour construire un monde plus juste, plus fraternel et même raisonnablement solidaire. Mais, avec le temps, le citoyen est devenu plus réaliste lorsqu’il s’agit de passer du sondage à l’urne. Les limites de l’escroquerie politique sont atteintes lorsque les promesses se heurtent aux compromis, que la cuisine et les ambitions se révèlent au détour d’une phrase, d’un rire gourmand et de circonstance.

Malgré le souvenir de 2002, l’électeur voudrait encore croire que le premier tour reste un tour de chauffe et que les choses sérieuses sont pour plus tard. Comme au cinéma, il y a bien des années, lorsque la projection d’un dessin animé ou d’un documentaire ennuyeux précédait le vrai film ! Et gare à celui qui arrivait en retard ; il devait attendre la prochaine séance, se remettre dans la file.

Le curieux spectacle qu’offrent quelques acteurs au talent affirmé et de médiocres figurants n’incite guère à la patience, et le rappel du vote « utile » sonne comme une consigne d’instituteur. Comme s’il y avait des votes « inutiles », que l’on aurait perdu le droit d’exprimer sa colère ou ses regrets, que défendre son pré-carré serait un acte de quasi délinquance, que l’égoïsme personnel ou national n’aurait plus droit de cité.

Au terme de l’exercice démocratique d’un premier tour qui ouvre une place légitime aux camelots et seconds rôles, chacun attend le choc des caractères plus que celui des idées. Bardés de banderilles plantées par les troisièmes couteaux, les duellistes s’affronteront dans l’arène médiatique. Et chacun devra choisir celui qui, jour après jour, pénétrera l’intimité de son quotidien, le convoquera devant le petit écran pour lui annoncer les bonnes et mauvaises nouvelles, parlera au monde en son nom.

Entre le compromis, l’ennui, l’ambition et quelquefois le mépris, il faudra choisir, et de toute façon payer l’addition.
Pino le sage

nov 10

On peut aimer nos voisins transalpins, admirer leur raffinement et leur créativité, et tout à la fois s’étonner de leur complaisance avec les facéties de leur Premier Ministre.

A moins que celui-ci n’agisse que par procuration, et réalise ainsi les fantasmes de tout bon romain. Dans le choix d’un élu, il y a un curieux mélange d’identification et de représentation, et celui de Silvio Berlusconi n’est pas neutre.

Dans une Italie qui refuse de vieillir, il faut saluer celui qui, au-delà de ses obligations politiques, et au risque de sa santé, porte haut le flambeau national. Elu sur sa réputation, le meilleur « ami politique » (!) européen de Sarkozy, ne manque pas une occasion de la nourrir, avec générosité et tempérament.

On est loin des petites fantaisies de Bill Clinton, qui pour une « faveur » révélée, a bien failli perdre son fauteuil. Ce qui fait rigoler un Italien exige des excuses publiques au pays de la vertu proclamée.

En fait, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réputation!

Lorsqu’elle entre en résonance avec la culture du pays et les valeurs de l’époque, chacun s’y retrouve et devient complice ou indulgent. La réputation peut ainsi se révéler protectrice, à condition qu’elle soit proche de la réalité dévoilée et acceptée.

Revendiquer sa responsabilité apporte souvent des circonstances atténuantes. Evidemment, on peut y mettre les formes; et lorsqu’au pays de la Dolce Vita, il Cavaliere, explique qu’il vaut mieux pratiquer la Bonga-Bonga qu’être gay, on croit rêver. Après tout, on a les élus qu’on mérite; et nous sommes bien placés pour le savoir.

Ce  qu’il y a de fascinant chez certains de nos contemporains, est leur constance à entretenir leur réputation quelle qu’elle soit. Comme s’ils craignaient de ne pas être appréciés pour ce qu’ils sont.

Dans un univers profondément transformé par les nouvelles techniques de communication, où l’on est passé des rêves à la fiction, il est plus important d’occuper la scène médiatique que le terrain politique. A la limite, on n’existe plus guère que par sa réputation. Pour les héros modernes, vedettes de la politique, du business ou du show-business, c’est une question de survie.
A certains égards, la réputation est une sorte de ghetto. Mais celui-ci peut être doré.

Pino le fataliste