juin 26
Projeter une image détestable réveille souvent sa mauvaise réputation.

On dit que les images collent à la peau. Additionnées, dans un scénario peu maitrisée, elles construisent une réputation. Ainsi, pour l’opinion, les plombiers sont des « voleurs », les fonctionnaires restent des « privilégiés »,…et les chauffeurs de taxi, considérés comme peu aimables pour la plupart, rejoignent le clan des « casseurs ». Peu importe le fondement de la révolte, la force des images complaisamment relayées, rappelle à chacun ses déboires avec la profession et la réputation qui l’accompagne.
On ne soulignera jamais assez les bénéfices d’une bonne réputation. Ce qui est vrai pour une personne l’est tout autant pour une entreprise, une institution, une profession. Pour la bâtir il faut du temps et des efforts. Fondée sur une confiance méritée, elle permet de créer l’écoute et facilite le dialogue. Et, il faut bien reconnaître que la profession de taxi n’a jamais brillé par la qualité du service ou des prestations. Hyper-protégée – à prix d’or pour les chauffeurs – elle n’est ni comprise, ni respectée. Et, lorsque les problèmes surviennent, personne ne s’étonne de la violence, qui ne fait que conforter ce que l’on pensait de la profession, et l’enfermer dans un ghetto qu’elle a créé.
La révolution numérique, GPS, internet, ouvre le métier à des « semi-professionnels » qui y voient une opportunité de boucler la fin du mois.
Le Ministre fait les « gros yeux » contre les « francs tireurs », les rappelle à la loi Thévenoud (un gag!). Il oublie simplement qu’à terme la loi accompagne – avec retard certes – l’évolution de la société. Le problème ne sera pas réglé à coups de menton. Il ne s’agit pas d’un simple problème de « casseurs »; il faut aussi coller aux réalités, comprendre que le numérus clausus imposé par une profession est anachronique, que la France n’est pas un îlot de conservatisme dans un monde en mouvement. Que pour la plupart des touristes l’entrée dans notre beau pays commence par la soupe à la grimace de chauffeurs peu motivés. Le rôle des Pouvoirs Publics n’est pas uniquement de sévir, voire punir, il est aussi d’écouter, de ne pas mettre de l’huile sur le feu, avec des promesses de fermeté et de justice, lorsque celle-ci hésite!
A moins que cette nouvelle agitation permette d’oublier les derniers et désastreux chiffres du chômage.
Pino le motard
avr 01

Le pire ennemi de la réputation est le mensonge.

Ecartons d’emblée la réputation des hommes politiques, qui au fil du temps évolue suivant la morale du moment et le commentaire des historiens. Pour la plupart, le mensonge est apprécié avec complaisance et le citoyen pardonne, faute de comprendre, les écarts entre les promesses et la triste réalité.

Passons même sur la réputation des stars et autres hommes et femmes publics, soumis aux caprices de nos contemporains. Ils sont d’un autre monde et le mensonge est oubli ou protection.

Retenons simplement la réputation de nos entreprises et leurs petits et gros mensonges, anecdotiques ou dramatiques.

Derrière le mensonge des entreprises, il y a plus de rationalité que d’émotion. Il y a aussi beaucoup de maladresses, pour des « professionnels » qui sont censés maitriser le réel, l’organiser au mieux de leurs intérêts et au final de ceux de la société.

Le mensonge des dirigeants de Germanwings/Lufthansa ne peut qu’étonner!

Les grandes compagnies aériennes consacrent une énergie et des sommes considérables à se préparer à gérer leur communication de crise sur les catastrophes aériennes : manuels et procédures, simulation, actualisation des messages,…avec un vocabulaire souvent guerrier et le conseil des meilleurs « communicants ». Car il ne s’agit pas d’ajouter du drame à la tragédie, ni de faire des faux-pas qui couteraient très chers.

La règle d’or en la matière est surtout de ne pas mentir.

On prépare des « messages d’attente » qui résument ce qu’on sait, sans spéculer.

Lorsqu’un dirigeant de la Lufthansa déclare que les pilotes avaient subi avec succès tous les tests médicaux et psychologiques, il ment. Pas par omission. Sans doute pas par incompétence. Mais volontairement, pour gagner du temps. Lamentable!

Comment faire à nouveau confiance à une compagnie qui n’assume pas les défauts de ses procédures ?

Il y a hélas des catastrophes aériennes toutes les semaines dans le monde. Mais la réputation d’une grande compagnie crée des exigences, non seulement de qualité, mais aussi de comportement. La force des mots d’excuse et de compassion des dirigeants de la compagnie n’effacera pas la force des images. Mais avec le temps, la solidarité d’une nation et du monde de l’aviation, la tragédie prendra le pas sur une défaillance criminelle et un mensonge partagé.

Pino, bien triste

sept 05

En utilisant l’expression « coup de grâce » pour qualifier le best-seller romantico-politique de Valérie Trierweiler, la plupart des commentateurs font montre d’une connaissance approximative de la langue française ou du monde politique.

Le « coup de grâce » désigne un « coup fatal porté à une personne ou un animal blessé dans le but d’abréger ses souffrances ».


Dans le roman feuilleton élyséen, le témoignage de l’ex-compagne ne fait qu’ajouter du discrédit sur la longue liste des événements qui entament la confiance accordée à un Président élu par défaut. Coup vengeur certainement, assassin dans le sentiment sans doute, mais rassurons-nous, la « victime » y survivra, à coup sûr. Après tout, ce n’est pas lui qui a été répudié!

Quant à « abréger les souffrances » du Président, on en sourit presque.

Ainsi, les journalistes de plateaux, qui « fricotent » pour beaucoup avec les « politiques », et pseudo-experts se sont précipités pour commenter savamment un livre qu’ils n’avaient même pas lu!

Il leur suffisait, comme d’habitude, d’extraire quelques phrases pour condamner l’auteur de ce « coup de grâce » si indécent. Et de confondre – eux qui sont prêts à tout pour un scoop – vie privée, vie sentimentale et intimité.

Le lecteur qui cherchera de l’ »intime » dans « Merci pour ce moment » sera bien déçu.

La plupart des coups portés à François Hollande, s’attaquent à son autorité, sa compétence,…alors que l’ex-compagne révèle un homme insensible, calculateur, méprisant. Là où on le croyait proche, attentif, bon camarade, on découvre qu’il serait, dans la vie politique et au quotidien, comme les autres, presque « normal ».

Ce qui rapprochait hier, éloigne aujourd’hui. Cet homme, dont nous ne pouvons plus partager les valeurs affichées, a sérieusement entamé son capital réputation. A petites touches. Tout comme avec Nicolas Sarkozy – qui a multiplié les fautes de goût – le citoyen s’interroge, l’électeur se sent trompé, sinon « cocu » s’agissant du locataire de l’Elysée.

De là à considérer que Valérie Trierweiler a porté un « coup fatal » au Président. C’est oublier qu’avant la publication du livre contesté, François Hollande avait déjà explosé tous les records d’impopularité avec 85% des français qui « ne lui font plus confiance » et 3% seulement qui « souhaiteraient le voir se représenter! »…et pourtant Constitution aidant, le Président  »bouge » toujours.

Pino, lecteur attentif.

jan 15

On croit à tort que l’excès porte préjudice à la réputation, alors que l’excès n’est qu’une affirmation, voire une exagération de ce que la réputation laissait pressentir. Une image, davantage chargée d’émotion, dans le film de la réputation, sur fond de valeurs plus ou moins partagées. Bref, l’affiche du film, ou plutôt « une » affiche, car la réputation d’une personne, d’une entreprise, d’un pays, ne se construit pas en un jour.

Certaines images, qui contrarient la morale de l’époque, révèlent une facette peu recommandable du comportement d’un personnage. Longtemps ignorant, incrédule ou complice, le public est à l’affût des écarts de la vie des puissants. DSK, bien connu pour ses « exigences », n’a connu la disgrâce que par ses excès médiatisés.

Qui aime bien châtie bien, et longtemps.

Le haro sur Gérard Depardieu est d’une autre nature. S’installer en Belgique pour des raisons fiscales avait un côté « petit » pour un acteur si généreux à l’écran. La maladresse du Premier ministre, qualifiant de « minable » son comportement a en partie récupéré lcet écart. Car, après tout, le génial artiste n’est pas un voleur !

En revanche, la commedia dell’arte russe, illustrée par l’accolade de Poutine, la remise du passeport, ne font que renforcer la réputation de Depardieu. Personnage formidable, imprévisible, souvent fascinant Raspoutine, comment reprocher à Gérard Depardieu d’être dans la vie comme il est dans ses films ?

Les plus grands acteurs du siècle n’étaient pas tous de gentils garçons ou des mamans attentionnées. Au hasard, Jean Gabin, Bourvil, Frank Sinatra, Marylin…

En matière de réputation et pour mieux l’installer, on ne fait pas dans la dentelle.
La neutralité condamne à l’anonymat.
De là à s’installer à Méchin !

Pino cinéphile

mai 16

Si la réputation « donne une seconde chance » en cas de pépin, cette reconnaissance, chèrement acquise, ne protège pas à coup sûr. Et quelquefois, le bénéfice illusoire se transforme en boulet.

Se bâtir une réputation de « chaud lapin » suppose quelque talent, et suscite des commentaires ironiques, jaloux voire hypocrites. Cela peut servir lorsqu’il s’agit d’aventures banales révélées, et l’opinion, en quelque sorte « inoculée » n’y voit que la confirmation de ce qu’elle pressentait. Car cette facette de la réputation, qui relève de la vie privée, fait davantage partie des spectacles de la vie publique, que de la morale commune.

Mais, lorsque l’image (et donc l’imagination) prend le pas sur la réputation, que la pulsion domine l’impulsion, le côté noir de la réalité bouleverse la perception. Alors que chacun pouvait s’identifier au « héros » de la comédie, la machine policière et judiciaire rappelle, les limites du jeu, sinon ses règles.

Le moralisateur revient en force, l’opinion devient jugement. Sans vergogne, certains qui colportaient hier la rumeur, se déclarent « stupéfaits », la plupart, opportunistes vertueux, rappellent que la « présomption d’innocence » et le passé honorable de l’auteur, plaident en sa faveur.

Bref, rien sur la victime, qui devra prendre le cash et se taire…

Et les fins observateurs de citer les frasques de Bill Clinton, en oubliant que le principal reproche, portait sur le mensonge du président et non sur le geste affectueux d’une stagiaire habile et opportuniste, qui n’a jamais porté plainte !

Mais, après tout, l’histoire ne fait que commencer. Les plaintes se multiplient, car chacun(e) flaire la bonne affaire et les dollars.

Haro sur DSK.

Il faut vite se partager le gâteau, en se hâtant avec prudence de peur de se discréditer et que l’on révèle dans la foulée ses propres turpitudes.

Car, les prédateurs du moment n’ont pas forcément les pieds propres.

Pino le sceptique

avr 10


La rumeur fonctionne comme un virus.

Ses effets sont d’autant plus graves, que le sujet est fragilisé.

Combien d’entre nous, en pleine forme, sont passés au travers de la grippe pour l’avoir méprisée.

Comme la grippe, la rumeur a ses sujets de préférence. Les puissants, les « people » et ceux qui se poussent du col, constituent des cibles de choix. Souvent surprotégés, ils n’en sont que plus déstabilisés, et résistent aux potions classiques qui conviendraient au commun. Il leur faudra aussi survivre aux couteux conseils des courtisans et parasites qui font flores dans le marigot. Il est vrai que ces faux-amis y trouvent aussi leur compte. Leur pouvoir repose sur l’ambiguïté de la situation. Chacun y va de son traitement et ajoute à la confusion.

Si le virus a ses sujets de prédilection, il a aussi ses objets favoris, ceux sur lesquels la rumeur s’épanouit. Argent, sexe et santé sont ainsi les thèmes préférés permettant à des informations rarement bienveillantes de naître et de proliférer dans un corps social toujours prêt à percer le mystère de l’interdit.

Car si une information, plutôt une rumeur, n’est connue que de quelques initiés, si elle n’est pas officielle donc,  c’est probablement qu’il y a quelque chose à cacher…

En ces années de haute transparence proclamée, ce n’est pas admissible. Il faut, en toute bonne conscience, que le silence soit rompu.

Information, la rumeur est aussi media : c’est même le media principal de la réputation.

Evidemment, pour celui qui est confronté à la rumeur la voie est étroite entre le silence et la réplique car  chacun sait que « qui ne dit mot consent ».

Mais tout bon médecin sait qu’avant le traitement, il faut établir un diagnostic. Et qu’une hypothétique et banale infidélité conjugale se soigne avec un peu de finesse. Qu’il faut éviter les charlatans, et surtout les commères et le dernier qui a parlé. Que les hommes de loi, comme les chirurgiens, auront plutôt tendance à trancher. Que le malade est souvent le plus mal placé pour parler de son état. Bref, qu’avant de sortir l’arsenal de l’action ou de la répression, il faut se poser. Mais aussi que dans la plupart des cas, faute de combustible, le feu s’éteint. Bien sûr, tout cela ne fait que relever du bon sens et non du traitement énergique d’une affection saisonnière. Le bon sens rappelle aussi que les virus comme les rumeurs sont vieux comme le monde ; et tout aussi nécessaires à la vie.

En fait, on a trop tendance à voir le mauvais côté des choses, à considérer que ces épreuves sur notre santé ou notre intégrité, risquent de nous emporter. Au contraire, bien gérées, ces agressions nous renforcent, nous vaccinent d’une certaine façon.

Elles nous rapprochent même du public, nous rendent plus sympathiques, dans une complicité (« bienvenue au club ») qui devrait se retrouver dans le regard des autres.

JPP

fév 25

Quelques principes de la réputation, à lire avec humour…et suivre avec prudence

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juin 30

Publié dans la revue Risques en juin 2001

Plus facile à commenter qu’à mesurer, la réputation des entreprises est un capital précieux, mais finalement moins fragile qu’on ne le croit. Les exemples d’Exxon, Johnson & Johnson, et, plus récemment, Total et Danone sont là pour en témoigner.

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