nov 29

Parmi nos moteurs les plus puissants on trouve peu de vertus.

En revanche, l’argent, le sexe ou le pouvoir, quelquefois réunis, occupent une place de choix. Le souci de sa gloire, sa réputation,  est réservé à un petit nombre, même si chacun d’entre nous souhaiterait laisser une trace, plutôt favorable, dans la petite histoire de nos familles, amitiés, professions. Bien sûr ce n’est pas un ressort ; juste un souci de ne pas décevoir le regard de nos proches.

Chez les hommes politiques, le souci s’exaspère, devient obsédant, pour le meilleur et pour le pire, car il s’agit de l’Histoire, celle d’un village qui accueillera une place à notre nom, voire une statue, un monument, celle aussi du pays, du monde, pour entrer dans les livres. L’homme politique contemporain pressent que les posts , tweets et autres messages numériques n’impriment pas les mémoires ; il y faut le sceau de l’écrit et de l’image. Napoléon l’avait bien compris, qui, dans les brumes de Sainte Hélène, se résolut à écrire le vécu de son action. De Gaulle ou Churchill firent de même avec talent et sincérité sans doute. L’exercice fût d’autant moins difficile que le récit se fondait sur l’action. La réputation s’établit d’autant mieux que l’on a été au cœur des choses, que le temps a consacré la réalité visible et que de mauvais esprits n’ont pas trop travesti la réalité du moment.

L’exercice se complique lorsqu’il y a peu à conter ou raconter.

Ceci explique sans doute la foison d’ouvrages médiocres qui, faute d’actions déterminantes, relatent les anecdotes qui ne font que banaliser nos élus. Au lieu de les « présidentialiser » (mot curieux), il les rapprochent du peuple sous nos cotés les plus affligeants.

Et lorsque les commentateurs sont défaillants, alors le sujet, devenu objet, dicte à des journalistes consciencieux, ce qu’il aimerait que l’on croit. Jeu de dupes pour chacun. Fasciné par sa propre démarche, le candidat à la postérité oublie simplement la liberté du lecteur dont l’opinion fera un citoyen heureusement critique, souvent caustique. Quant à l’auteur, les miettes de bruit et d’argent adouciront la perception de sa complaisance.

Mais une image en chasse une autre, une nouvelle en remplace une autre ; ne restent que les actes, qui eux fondent la réputation, bien difficile à acquérir en ces temps d’impatience.

L’absence de culture, ou son oubli, ouvrent la voie, de part et d’autres de l’océan, à bien des petitesses.

Dans l’Art de la prudence, le jésuite espagnol Balthasar Gracian écrivait ce que Jacques Pilhan a justement professé au Phénix François Mitterrand : « Une nouveauté médiocre l’emporte d’ordinaire sur la plus haute excellence qui commence à vieillir. Il est donc besoin de renaître en valeur, en esprit, en fortune, en toutes choses, et de montrer toujours de nouvelles beautés, comme le fait le Soleil, qui change si souvent d’horizon et de théâtre, afin que la privation le fasse désirer quand il se couche, et que la nouveauté le fasse admirer quand il se lève. »

JPP

fév 14
Pour vivre heureux

Du point de vue qui nous intéresse, celui de la réputation, il existe une différence fondamentale entre le monde  politique et le monde des affaires. Elle explique sans doute pourquoi il y a si peu de chefs d’entreprise dans la politique…
L’homme politique est avant tout préoccupé de sa notoriété, de sa gloire. Pour lui, médiatisation vaut largement réputation. Pour un  « patron », la célébrité peut se révéler contraire à ses propres intérêts, et en tout cas à ceux de l’entreprise qu’il dirige.

L’homme politique désire être présent à l’esprit de ses électeurs. C’est pour lui la seule garantie de continuité. Car, et ce n’est pas lui faire injure que de le dire, son métier est d’abord de se faire élire, puis de durer afin de se faire ensuite réélire. Dès le lendemain de son élection, il se prépare pour la suivante, même si elle ne doit avoir lieu que dans plusieurs années. Et tout son comportement est dicté par cette préoccupation majeure. Le talent, et aussi la chance, aidant, il multipliera les mandats, en rêvant, plus ou moins selon la force de ses ambitions, au plus élevé d’entre eux, le mandat présidentiel.
Qu’elle soit politique ou économique, une entreprise est généralement sous tendue par une vision, par un dessein, qui justifient la confiance sollicitée. Mais en matière politique, au regard de l’histoire récente, il est peu de hauts responsables dont on peut dire qu’ils ont influencé réellement et surtout durablement le cours de la vie de leur pays. Pour les autres, après eux, le déluge.  Certains, faute de succès dans le pays, s’aventurent hors des frontières, pour sauver le monde ! Peu y connaissent la réussite, et, comme chacun le sait, les peuples ont souvent la mémoire courte.
Il y a quelques années, les « patrons » embauchaient des Dircoms, au profil d’attachés de presse, quelquefois journalistes en rupture ou intéressés par le pouvoir et le gain. Leur cahier des charges : mettre en avant la tête de leur patron dans les grands medias, et truster les prix témoignant de la reconnaissance des pairs ! Accessoirement, faciliter les flirts avec le pouvoir politique, toujours fascinant. Puis vint le temps des crises, du développement durable, du principe de précaution, et avec, la professionnalisation d’une fonction qui ne s’enseignait pas. Côté politique, alors que la famille (au sens large) était le réservoir du recrutement des assistant(e)s parlementaires, le même virage est observé vers une communication mieux maitrisée dans la forme, le contenu et les techniques (réseaux sociaux par exemple).
Il est vrai que les difficultés économiques ont rendu chacun plus modeste et donc discret. Paradoxe : alors que les medias se multiplient, les patrons se replient ! Il faut dire aussi que dans le même temps, la scène s’agrandit. Mondiale elle fait appel à de nouveaux medias, globaux, mais plus intimes en apparence.
Les bateleurs comme Tapie ne font plus recettes !
Dans le monde des affaires, un chef d’entreprise digne de ce nom a la préoccupation d’assurer l’avenir de celle-ci, et donc de préparer sa succession. Dans le monde politique, le souci principal est de se montrer, le plus possible, puis de durer, aussi longtemps que possible. L’idée de sa succession est étrangère à l’homme politique. Ou plutôt, certain de son propre génie, il ne voit dans un éventuel successeur qu’une sorte d’usurpateur, incapable en tout cas de se hisser au niveau où il s’est lui-même situé. Un ennemi, qui précipite le terme de son existence publique. Il ne faut rien faire pour aider cet intrus à assumer d’entrée les responsabilités qui lui incombent soudain, par hasard bien plus que par mérite. A la limite, il faut lui « savonner » la planche, jusqu’à favoriser quelqu’un d’un autre bord. On l’a vu naguère et récemment.
On le verra encore, bientôt peut-être…
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Pino le bavard
oct 23

Le talent n’a pas de prix!

Combien valent les buts de Messi, Ronaldo, ou ceux devenus rares d’Ibrahimovic? A court terme, ils remplissent les stades et gonflent les audiences. Mais surtout, il créent de la valeur pour les clubs qui ont eu l’habileté d’acheter ces buteurs. Leur salaire étonne mais choque peu.

Dans le monde de la mode, de l’art ou du cinéma, personne ne discute les gains  fabuleux des stars,..qui se retrouvent  à Bruxelles, Monaco ou aux Bahamas.

Il n’y a finalement que dans le monde économique que la rémunération d’un patron ne suscite le débat. En panne d’argument, à la surprise de son propre camp, François Hollande en promettant de cogner sur les patrons et les financiers, n’a t’il pas réveillé un vieux réflexe de classe? Et la démagogie, ça paye! Deux ans après, il veut nous faire croire, qu’il aime l’entreprise et embauche même un banquier.

Après avoir alimenté le divorce entre l’entreprise, et surtout ses dirigeants, et le pays, personne ne croit au retour de flamme.

Un premier pas a été fait en reconnaissant que c’est « l’entreprise qui crée les emplois », il reste à franchir la frontière et reconnaitre qu’un grand patron détient un vrai talent qui mérite d’être récompensé au même titre que celui d’une vedette sportive ou d’un artiste renommé.

Alors, combien vaut un patron?

Pour un patron entrepreneur, l’affaire est simple. La fortune de Pierre Bellon, qui en 40 ans a créé une entreprise de près de 500 000 personnes dans 75 pays, est peu discutable, même si la reconnaissance publique n’est pas toujours au rendez-vous. Une anecdote illustre bien le mépris dans lequel certains hommes politiques tiennent nos entrepreneurs. Dans une conférence présidée par Jean-Marc Ayrault, Pierre Bellon se présente et pose une question, l’ex Premier Ministre, lui demande à quel titre il pose sa question. Caricature dirons certains!

Xavier Niel, en créant une offre low-cost sur Free mobile, a rendu plus de 200€ par an de pouvoir d’achat à ses millions de clients (et même plus puisque les concurrents se sont alignés), malgré les manœuvres d’Arnaud Montebourg, vrai connaisseur du monde de l’entreprise.

Mais, il y a aussi les patrons mercenaires, qui pour la plupart ont le goût du défi, sinon du risque. Auréolé de ses succès à la tête de la puissante Fédération Française des Sociétés d’assurance et surtout de son rôle exceptionnel en tant que penseur et stratège de la refondation sociale du Medef, Denis Kessler prend la tête de la SCOR, croulant sous les dettes. Aussitôt, on parle d’ »effet Kessler », et l’intéressé relève, non sans humour, qu’il faut distinguer les profils de redresseurs: médecin ou croque mort! 12 années plus tard, on apprécie le talent du patricien qui a multiplié la valeur de la SCOR par 3. Bravo l’artiste!

Lyndsay Owen Jones a été un moment le patron le mieux payé de France, récompensé par Liliane Bettencourt, devenue en quelques années la première fortune de France…

En matière de rémunération, l’indécence c’est d’être payé alors qu’on conduit l’entreprise ou l’économie dans le mur. Le monde de l’entreprise est plus cruel que le monde politique. Décevoir ses actionnaires, c’est l’assurance d’une rapide sortie. Balader ses électeurs, oblige à trouver un bouc-émissaire, pour préparer son prochain mandat.

Ajoutons simplement, actualité oblige, qu’un grand manager prépare sa succession, alors que la plupart des hommes politiques se croient irremplaçables.

Pino chasseur

déc 07

Dans la vie personnelle, professionnelle, artistique, sportive ou politique, la réputation de chacun est une promesse. Fondée sur un regard, un passé raconté, interprété au filtre des valeurs du moment, la réputation ouvre à la spéculation sur un probable succès ou échec dont témoigne notre histoire.

Lorsque le PSG ou Monaco dépense des millions d’euros pour s’attacher une vedette, le club achète en réalité le brillant passé d’un buteur agressif, loue sa réputation pour enrichir et valoriser la sienne, en espérant que droits TV et fréquentation couvriront à court terme les frais…Et lorsque le succès est au rendez-vous, la dépense devient investissement, pour le bonheur de tous ! Bref, on spécule sur la réputation de ces artistes du ballon rond. Bien sûr, on ne peut pas gagner à tous les coups. Pour un Messi, Ronaldo ou Ibrahimovic, il y a aussi des dizaines de Gourcuff, vendus et payés très cher. La déception est souvent à la hauteur de la dépense, et au soir de la défaite, il y aura des boucs émissaires et des victimes.

Dans la vie politique, les montants semblent moindres au regard des enjeux. L’électeur est rarement supporter. Il choisit souvent par défaut et avec le temps se montre velléitaire, mais paradoxalement fidèle. Voter, investir ou parier sur François Hollande c’était, au regard de sa réputation – et non de son action – spéculer sur un avenir meilleur. Sa rémunération, maigre sur le plan financier, sera la popularité et  l’honneur  d’inscrire son nom sur la liste épurée des présidents de la Vème République. Et avec le temps, car les français sont légitimistes, il pourra rejoindre ceux dont l’action ou l’inaction, a contribué à la gloire ou la décadence de notre vieux pays.

Dans le monde des affaires les perceptions sont différentes, plus objectives. On peut même attribuer une valeur à la réputation d’une entreprise, d’une marque ou d’un manager. Lorsque Denis Kessler arrive à la tête de la SCOR, le cours boursier de l’entreprise se redresse, et quelques années plus tard, l’entreprise a triplé sa valeur! Cela mérite à coup sûr considération et rémunération !

Plus spectaculaire est le cas de Lyndsay Owen Jones, qui en 10 ans de bons et loyaux services à la présidence de L’Oréal, et 37 ans de fidélité à l’entreprise, a fait passer le patrimoine de Liliane Bétancourt de 500 millions d’euros à plus de 20 milliards…Bonne retraite !

Comment ne pas parler de Pierre Bellon, fondateur de Sodexo, qui après avoir créé 500 000 emplois et rendu riches ses actionnaires, et s’être vu interpelé par Arnaud Montebourg par un « vous êtes qui ? » qui en dit long sur sa culture économique,  transmet –sans bruit – sa holding familiale à la plus douée de ses enfants ? Respect !

…mais il y a aussi les accidents de parcours, et plus récemment celui d’un « homme jeté aux chiens » et peu soutenu par ses pairs.

Réduire Philippe Varin à sa retraite chapeau, c’est faire peu de cas de la réalité :

-        Honte d’abord à ces ministres, emboîtant le pas à une opinion chauffée à blanc, et qui pour la plupart n’ont jamais connu de l’entreprise que des visites intéressées : seuls 2 sur 36 ont travaillé en entreprise ;

-        Etonnement devant la discrétion des medias sur le passé de Philippe Varin, qui ne se résume pas à son passage chez PSA ; il a été embauché sur sa réputation de « redresseur » qui, en quelques années a multiplié par 7 la valeur d’une entreprise sidérurgique, en Bourse ;

-        Etonnement encore sur la méconnaissance des soi-disant « experts » (des plateaux radio et TV, surtout), qui oublient que sur un tel dossier, tout se négocie à l’Elysée et avec l’actionnaire familial…sans oublier qu’il faut plus de 5 ans pour changer de stratégie dans les métiers de l’automobile : celui qui lance la voiture est rarement celui qui l’a conçue.

Quant au montant de la retraite chapeau, 7 millions d’euros  (et non 21 avant impôts…), il est indécent au regard d’un plan social dramatique, mais ce patron, maladroit dans ses expressions, méritait-il ce lynchage total sous le regard cynique d’un concurrent sous perfusion ?

Pour un homme politique, aux choix économiques souvent désastreux, on parlera d’une « mauvaise passe »…avant de le retrouver aux affaires. Pour un manager la blessure est plus profonde et rares sont ceux qui se remettent en selle. Riches pour beaucoup mais écœurés pour la plupart.

Pino le vertueux

juin 14

La réputation se construit avec beaucoup de temps, quelque talent et les événements pour le révéler.

L’épreuve du temps cisèle aussi les visages, accentue les caractères et révèle ainsi les personnalités.

Bref, avec le temps rien ne s’en va, mais tout nous rapproche de la réalité.

 

Avec le temps, les défenses s’affaiblissent, chirurgie et cosmétiques ne font qu’exagérer les travers. Les réputations usurpées se défont. La personne mise à nu sous des regards moins complaisants et intéressés se raccroche à son passé pour renaître à l’innocence. C’est sans doute vrai pour chacun d’entre nous, dans sa vie familiale, amicale, sociale ou même professionnelle. Davantage vrai aussi pour ceux qui ont choisi le bénéfice d’une vie publique oubliant les ennuis de voir dévoilée sa face privée.

Comment être populaire, voire aimé sinon respecté, tout en restant caché?

Rude question, à laquelle beaucoup de sportifs, vedettes des tréteaux, stars éphémères des réseaux, politiques de tout poil volontiers opportunistes, peinent à répondre.

Dans le désordre et l’actualité:

Sportifs chargés comme des mules, qui devenus « consultants » et commentateurs à la veille du Tour de France, nous expliquent qu’ils n’avaient pas le choix!

Frigid Barjot, naïve, sincère ou manipulatrice, qui « dépassée » préfère les caméras à la rue!

Jérôme Cahuzac, le procureur pris la main dans le sac, vite abandonné par ses amis!

Claude Guéant, un grand serviteur de l’Etat, pourfendeur des faibles et qui préfère le liquide pour payer ses couteux faux frais…

Si on ne connaissait le risque de ce « tous pourris », on en reviendrait presque à préférer Bernard Tapie, puni et repenti, amuseur hors pair et bientôt victime!…Il avait au moins la tête de l’emploi.

Que celui qui ne s’est pas fait rouler dans la farine par Tapie, salarié des nombreuses sociétés reprises à la casse, héritier inconséquent séduit par les promesses de l’artiste, ou modeste citoyen qui passera à la caisse, lève la main? Nombreux aussi sont ceux qu’il a fait rêver à crédit et ont profité de la paradoxale générosité de Nanard.

Le délit de faciès est difficile à identifier lorsqu’il s’agit de personnalités plus fades comme Guéant ou complexes comme Cahuzac. Des parcours a priori « honorables », un discours moralisateur – limite inquisiteur – et une réputation construite avec habileté pour se protéger des curieux.

A y regarder de près, cette éthique affichée, ces visages et discours carrés, auraient du nous alerter sur les motivations de ces serviteurs trop zélés.

On en viendrait aussi à préférer DSK, aux inclinations connues mais pas dénoncées, à la légèreté toute latine, « prévenu » mais jamais « condamné », et qui au final restera un bon vivant, un peu agité.

Lui est responsable mais pas coupable.

A qui le tour?

Pino morphopsy

sept 06

L’histoire de Peugeot se confond avec l‘histoire industrielle de la France des deux derniers siècles. Beaucoup d’idées et peu de brevets, du commerce et peu d’agressivité, plus de raison que de passion, un style volontiers bourgeois qui ne cède pas à la mode. Une entreprise plus respectée qu’aimée, qui a traversé les crises avec courage et n’apprécie pas trop les critiques des apprentis industriels.

Il faut dire que Peugeot pourrait donner des leçons sociales à beaucoup. Sa culture paternaliste en a fait vivre beaucoup et rendus riches quelques-uns. Mais aujourd’hui, dans le monde réel, il faut aussi un peu de cynisme. Longtemps les Français ont été fiers de leurs voitures, qui reflétaient souvent leur mode de vie et tempérament. On aurait pu affirmer « dis-moi quelle voiture tu achètes, et je te dirai qui tu es ». Il y a bien des années, les grands constructeurs étaient clairement identifiés. Leur gamme offrait peu de modèles, et présentait une cohérence relative à la marque. Celle-ci signait le modèle, ajoutant une caution à sa personnalité propre. On pouvait dire dans la « famille Citroën », il y a l’astucieuse 2 CV et la futuriste DS. Ces deux voitures portaient la formidable réputation d’intelligence et d’esthétique qui caractérisait la marque depuis le début du XXème siècle. Pour beaucoup de conducteurs, on n’achetait pas une DS, on investissait, ou plutôt on s’y investissait, louant à bon prix le signe évident de sa propre modernité. Il y eut des « citroënistes » fervents, des passionnés qui ressemblaient en quelque sorte au génial constructeur. Ce qui est vrai pour Citroën l’est également pour une marque comme Peugeot, qui s’adressant à des conducteurs plus raisonnables a priori, a cru bon de souligner dans sa publicité que l’automobile doit « rester un plaisir ».

En 1976, le mariage des deux constructeurs rivés français  (Renault était une régie nationale…) a défrayé la chronique : alliance au sein de PSA de la « raison et de la passion », l’eau et le feu. Heureusement, la famille Peugeot, aux commandes, a eu l’intelligence de laisser les tempéraments de chacun, sur un marché en pleine croissance.

Revenons donc à Peugeot, (PSA est le 2èmeconstructeur européen !) au capital largement familial, qui a commencé en 1810 dans les moulins de table, les roulements mécaniques, avant de créer en 1890 la première voiture à essence française. Très vite la marque acquiert une forte réputation de fiabilité, et l’entreprise devient un modèle social. On achète des Peugeot toute sa vie et on travaille à Sochaux pour la vie. Ce qui fait sa force avant, devient une faiblesse majeure lorsque la fidélité est une valeur aléatoire et que le maître mot (à ne pas prononcer) est la flexibilité !

Alors que l’entreprise négocie avec habileté un plan social « à la Peugeot » qui limite la casse, les nouveaux gouvernants font du zèle, pointent les dirigeants et actionnaires familiaux…avant que les patrons ne montent au créneau. Pierre Bellon, interpelle aux Journées du Medef Arnaud Montebourg : « les dirigeants n’ont aucune leçon de stratégie, de gestion sociale, de management à recevoir du gouvernement ». Tonnerre d’applaudissements pour celui qui a créé pas moins de 500 000 emplois !…et leçon d’humilité pour l’arrogant ministre.

En attendant, Moody’s dégrade la note de Peugeot, le titre devient « spéculatif »…mais avec RRR, Peugeot PSA reste toujours parmi les entreprises françaises à forte réputation.

Ce qui est aussi une promesse pour l’avenir.

JPP

Retrouvez Peugeot sur France info 8-10 Peugeot

sept 05

Peu d’entreprises auront autant fait pour le « pouvoir d’achat » des Français qu’Iliad.

Imaginons un monde sans free, dans lequel de tranquilles oligopoles gratteraient chaque année entre 50 et 100 €, auprès de 40 millions de consommateurs!

Bien sûr, Xavier Niel, le patron d’Iliad, n’est pas un Saint, et son parcours en témoigne; mais, sous bien des aspects, c’est un bon citoyen, plein d’idées, plus cow-boy que gentleman.

L’aventure commence dans le porno-soft des années 90, lorsque l’entreprenant Xavier Niel, rachète « Minitel rose », qui fait le bonheur de ses clients…et de France Télécom. Derrière ce rachat se cache surtout le projet de créer la première interconnexion Minitel/Internet.

En 1999, s’ouvre le « réseau grand public » free, à prix discount, bien sûr.

Mais cela coute cher! Goldman Sachs flaire le bon coup, injecte 15 millions de dollars dans la société…pour un groupe qui en vaut aujourd’hui plusieurs milliards.

En 2002, devant des concurrents incrédules, Iliad lance l’offre révolutionnaire free à 29,99€. Et ça marche.

L’aventurier français du net fait bouger les lignes. Iliad entre en Bourse, et après une courte période de scepticisme, ce sera le succès: en 8 ans, l’action vedette se valorise 6 fois plus que l’indice CAC 40.

Créatif par nature, innovateur sur le terrain, visionnaire à coup sûr, Xavier Niel lance dans la foulée le « dégroupage total » avec les appels gratuits fixes/mobiles, la freebox révolution, rachète l’anglais Alice, et lorgne du coté du juteux marché des mobiles,…où les marges des opérateurs nationaux atteignent les 40%!

Malgré un lobby exceptionnel, Iliad emporte la licence, pactise avec Orange, et avec une offre super-discount gagne près de 4 millions d’abonnés en quelques mois.

Un vrai cauchemar pour l’oligopole…surtout lorsque lorsque l’habile patron d’Iliad annonce la couleur: une offre « sociale » à 2 euros par mois.

Respect!

JPP

Retrouvez Iliad sur France info 7-10 Iliad

sept 04

La petite histoire boursière raconte qu’une jeune veuve, allant chercher conseil chez son notaire, lui demanda quelle était cette société tranquille, qui bon an mal an, lui rapportait un peu plus que ses Bons du trésor. Cette actionnaire fut même caricaturée par un haut personnage  de l’époque : « La Bourse de Paris n’est pas faite pour la veuve de Carpentras qui passe un ordre tous les 10 ans ! »

Comme si la Bourse était réservée à la spéculation et non à l’épargne patrimoniale. Que la fidélité à une société respectant ses engagements et déjà transparente, était désuète, sinon antiéconomique…

Les épargnants, qui ont conservés les titres d’Air Liquide dans leur portefeuille, ont bien fait de ne pas écouter les soi-disant  experts, autorités et conseillers financiers de tout poil. Il est vrai que faire la culbute avec des valeurs de « père de famille » en quelques mois relève de la gageure. En revanche, si l’on veut dormir tranquille et faire de belles performances, il vaut mieux s’intéresser à des entreprises dont la réputation est une promesse de résultat. Avec quelquefois de très bonnes surprises : sur les 10 dernières années, Air Liquide (notée « entreprise ayant la meilleure réputation » en 1995, 2010 et à nouveau cette année, par l’Observatoire de la réputation), a réjoui la veuve de Carpentras, en doublant de valeur alors que l’indice CAC 40 s’effondrait.

La France serait malade de son industrie ! Et pourtant il existe de beaux fleurons, leaders mondiaux dans leur métier comme Air Liquide (gaz industriels et médicaux), qui pourraient être cités en exemple au lieu de dénoncer les plus fragiles.

Centenaire, comme la plupart des entreprises françaises à forte réputation (et performances…), Air Liquide créée en 1902, s’implante …en Chine, dès 1906, et entre en Bourse en 1913. Le fondateur (Paul Delorme) et les dirigeants, cultivent le secret et la discrétion. Sauf pour les actionnaires qui viendront très vite accompagner le succès de cette entreprise d’ingénieurs. Secrète sur ses « process », l’entreprise est transparente pour ses actionnaires (37% du capital est détenu par des particuliers !). Air Liquide est même la première entreprise cotée du CAC a avoir lancé une Lettre d’information aux actionnaires !

De quoi fidéliser la toujours jeune veuve de Carpentras.

JPP

Retrouvez Air Liquide sur France info  6-10 Air Liquide

sept 01

Le meilleur moyen de conserver sa réputation est la modestie

Montesquieu

Les entreprises, comme les personnes, ont un tempérament. Certaines nous sont immédiatement sympathiques  et proches, comme Apple, d’autres nous semblent arrogantes, comme Total, peu ont choisi la discrétion, de longue date.

Ainsi, L’Oréal, entreprise centenaire, après quelques égratignures, préfère mettre en avant ses marques, sans renoncer à signer ses créations.

Leader mondial des « produits de soin et de beauté », école internationale de marketing, l’Oréal est plus connue au travers de ses succès de marque (Lancôme, Garnier, Guy Laroche, Hélèna Rubinstein…) que par la formidable réussite de l’entreprise.

L’Oréal vend du rêve et du bonheur, pour les consommateurs bien sûr, mais surtout pour ses actionnaires. Fondée par Eugène Schueller en 1907, la fabrique de teinture pour cheveux se développe dans les années 50 sous la houlette du gendre du fondateur, André Bettencourt. La stratégie de « marques » viendra avec un patron de génie, François Dalle, et l’international avec Lindsay Owen Jones, LOJ.

Entré à 23 ans chez l’Oréal, LOJ est l’anti-Messier. Patient, fidèle, fiable pour tous, il devient Président de l’entreprise à 43 ans.

En 20 ans, il fera la fortune de ses actionnaires ! Patron d’une société du CAC 40 le mieux payé (plus de 7 millions d’euros en 2005, sans compter les stocks options), il fera passer le patrimoine de son actionnaire principal, Liliane Bettencourt de 500 millions à près de 15 milliards. On comprend que la fille du créateur de l’Oréal ait témoigné à ce manager d’exception « de la confiance et de l’affection » comme elle l’a souvent dit. Mais ce qui rend définitivement exemplaire le parcours de Lindsay Owen Jones, c’est la façon qu’il a eu d’assurer sa succession. Ce qui fait la beauté de cette histoire d’un grand patron, c’est sa fin. Après 37 ans passés à l’Oréal, il décida de prendre du champ, à l’aube de ses 60 ans, en laissant le pouvoir au discret Jean-Paul Agon, qui saura gérer avec habileté les difficultés politiques et patrimoniales qui se profilent.

Dans le monde des affaires, un chef d’entreprise digne de ce nom a la préoccupation d’assurer l’avenir de celle-ci, et donc de préparer sa succession. Dans le monde politique, le souci principal est de se montrer, le plus possible, puis de durer, aussi longtemps que possible. L’idée de sa succession est étrangère à l’homme politique. Ou plutôt, certain de son propre génie, il ne voit dans un éventuel successeur qu’une sorte d’usurpateur, incapable en tout cas de se hisser au niveau où il s’est lui-même situé. Un ennemi, qui précipite le terme de son existence publique…

JPP

Retrouvez L’Oréal sur France info 5-10 L Oreal

août 31

A la fin du siècle dernier, celui de la publicité, de nombreuses sociétés ont cru qu’il suffisait d’acheter des pages dans les magazines,  de vanter les qualités de ses produits, ses performances, sa stratégie et même son management, pour attirer consommateurs et actionnaires. Certains patrons se sont même mis en scène, plus par goût que par nécessité.

Sous la pression des événements, le vocabulaire a évolué plus vite que les comportements. Les entreprises ont revendiqué leur engagement responsable : social, environnemental, financier,…

A la remorque de la société, le gouvernement créa même un Ministère du développement durable, qui fera long feu.

L’arrogance dans la communication cède la place à la modestie sur fond de « transparence ».

Pour beaucoup de grandes entreprises et de patrons flamboyants, ce sera le grand écart. Pour d’autres, portés par une longue histoire industrielle et une culture d’humilité, rien ne changera.

Créée sous forme coopérative en 1849, la Société fraternelle des ouvriers lunetiers, aujourd’hui Essilor, leader mondial du verre optique, est davantage connue par ses produits que par ses promesses d’entreprise. Qui ne connait Varilux® ?

Champion de l’innovation, présent dans 100 pays, en Inde, Asie, Amérique…dès 1868, Essilor a choisi une stratégie de type « Intel inside » et consacre son énergie et ses finances à l’innovation,…et à faire le bonheur de ses actionnaires (9% pour les salariés et 90% dans le public). Car en Bourse, ce fournisseur discret, a multiplié par 6 le capital de ses actionnaires en 10 ans !

Valeur d’initié, Essilor a su se créer une réputation enviable. Notée 3R par l’Observatoire de la réputation en 2005, la société a été consacrée « Entreprise ayant la meilleure réputation » en 2010, et son patron de l’époque, Xavier Fontanet, « Dirigeant le plus réputé ».
La réputation a rejoint la réalité !

JPP

Retrouvez Essilor sur France info 4-10 Essilor