mar 10

Alors que les réputations usurpées se dévoilent et se dénoncent, que beaucoup se sentent trahis, qu’affirmer une conviction soulève le doute, il est bon de retrouver un peu de fraîcheur en s’attardant sur le passé.
Les réputations de nos contemporains se confrontent aux rumeurs véhiculées complaisamment par les mauvaises langues ou les bonnes âmes. Pour maquiller l’intention de détruire on parle de post-vérité. Après le principe de précaution, le principe de suspicion influence nos jugements.

A qui se fier?

Il est vrai que l’actualité éclaire douloureusement la question. Il est vrai aussi que s’en remettre à la réputation relève plus souvent de la facilité que de l’analyse critique. Mais il est tout aussi vrai qu’entre l’aventure et la promesse, quelquefois fallacieuse, qu’apporte la réputation, celle-ci engendre moins de déceptions.

Laissons de côté l’actualité politique largement commentée!
Regardons plutôt la légende et au delà le mythe qui la nourrit souvent.

Une marque, au contraire de bien des hommes publics ne peut bâtir sa réputation dans le mensonge. Le Tribunal du Marché est plus exigeant que celui de l’Opinion et moins versatile que les médias qui préfèrent trop souvent l’écume. Lorsqu’une marque est prise en flagrant délit, la sanction morale rejoint celle du marché et au besoin de la justice. Elle se défend mais ne se dérobe pas, car il lui faut être au rendez-vous tous les jours et non à de simples échéances.

Il y a même des marques qui ne mentent jamais.
Chacun en connaît dans son univers.
Dans la beauté, le luxe, les vins, les voitures ou les motos, par exemple. Leur promesse est rassurante.
Mythiques par leur histoire, elles nous font partager un imaginaire. Le mythe n’a pas de religion normée, ni de pays. Il crée un « entre soi ». On s’y reconnaît, se retrouve en confiance. La Ford T est un mythe tout comme la Harley-Davidson aujourd’hui. Nul besoin de littérature pour promouvoir les valeurs de la Harley, la liberté bien sûr, la solidarité aussi lorsqu’on entre dans la famille étroite des passionnés.

L’histoire parle pour ces marques mythiques.

La petite histoire parle aussi, hélas, pour beaucoup de nos hommes publics.

Pino, « on the  road again »

fév 14
Pour vivre heureux

Du point de vue qui nous intéresse, celui de la réputation, il existe une différence fondamentale entre le monde  politique et le monde des affaires. Elle explique sans doute pourquoi il y a si peu de chefs d’entreprise dans la politique…
L’homme politique est avant tout préoccupé de sa notoriété, de sa gloire. Pour lui, médiatisation vaut largement réputation. Pour un  « patron », la célébrité peut se révéler contraire à ses propres intérêts, et en tout cas à ceux de l’entreprise qu’il dirige.

L’homme politique désire être présent à l’esprit de ses électeurs. C’est pour lui la seule garantie de continuité. Car, et ce n’est pas lui faire injure que de le dire, son métier est d’abord de se faire élire, puis de durer afin de se faire ensuite réélire. Dès le lendemain de son élection, il se prépare pour la suivante, même si elle ne doit avoir lieu que dans plusieurs années. Et tout son comportement est dicté par cette préoccupation majeure. Le talent, et aussi la chance, aidant, il multipliera les mandats, en rêvant, plus ou moins selon la force de ses ambitions, au plus élevé d’entre eux, le mandat présidentiel.
Qu’elle soit politique ou économique, une entreprise est généralement sous tendue par une vision, par un dessein, qui justifient la confiance sollicitée. Mais en matière politique, au regard de l’histoire récente, il est peu de hauts responsables dont on peut dire qu’ils ont influencé réellement et surtout durablement le cours de la vie de leur pays. Pour les autres, après eux, le déluge.  Certains, faute de succès dans le pays, s’aventurent hors des frontières, pour sauver le monde ! Peu y connaissent la réussite, et, comme chacun le sait, les peuples ont souvent la mémoire courte.
Il y a quelques années, les « patrons » embauchaient des Dircoms, au profil d’attachés de presse, quelquefois journalistes en rupture ou intéressés par le pouvoir et le gain. Leur cahier des charges : mettre en avant la tête de leur patron dans les grands medias, et truster les prix témoignant de la reconnaissance des pairs ! Accessoirement, faciliter les flirts avec le pouvoir politique, toujours fascinant. Puis vint le temps des crises, du développement durable, du principe de précaution, et avec, la professionnalisation d’une fonction qui ne s’enseignait pas. Côté politique, alors que la famille (au sens large) était le réservoir du recrutement des assistant(e)s parlementaires, le même virage est observé vers une communication mieux maitrisée dans la forme, le contenu et les techniques (réseaux sociaux par exemple).
Il est vrai que les difficultés économiques ont rendu chacun plus modeste et donc discret. Paradoxe : alors que les medias se multiplient, les patrons se replient ! Il faut dire aussi que dans le même temps, la scène s’agrandit. Mondiale elle fait appel à de nouveaux medias, globaux, mais plus intimes en apparence.
Les bateleurs comme Tapie ne font plus recettes !
Dans le monde des affaires, un chef d’entreprise digne de ce nom a la préoccupation d’assurer l’avenir de celle-ci, et donc de préparer sa succession. Dans le monde politique, le souci principal est de se montrer, le plus possible, puis de durer, aussi longtemps que possible. L’idée de sa succession est étrangère à l’homme politique. Ou plutôt, certain de son propre génie, il ne voit dans un éventuel successeur qu’une sorte d’usurpateur, incapable en tout cas de se hisser au niveau où il s’est lui-même situé. Un ennemi, qui précipite le terme de son existence publique. Il ne faut rien faire pour aider cet intrus à assumer d’entrée les responsabilités qui lui incombent soudain, par hasard bien plus que par mérite. A la limite, il faut lui « savonner » la planche, jusqu’à favoriser quelqu’un d’un autre bord. On l’a vu naguère et récemment.
On le verra encore, bientôt peut-être…
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Pino le bavard
déc 04

Pas facile de travailler en famille! Et pourtant, lorsque chacun y met du sien, que le fondateur garde un œil sur la maison, que les pièces rapportées comprennent où est leur intérêt, tout le monde y trouve son compte.

Ne pas confondre le succès et la réussite: le succès est fragile et éphémère, la réussite se construit, prend du temps, et fonde la réputation. Ainsi en va t’il des commerçants, qui, comme la Maison Androuet, traverse pour notre bonheur les générations, adapte les recettes aux goûts de clients fidèles de père en fils. Bref, avec beaucoup d’intelligence et de talent travaillé, la reconnaissance et la prospérité durable sont au rendez-vous. Dans les entreprises plus importantes, même nos sociétés cotées, lorsque les familles ont plus de sagesse que d’impatience, qu’elles ont compris que la réputation de l’entreprise était plus payante que la marque éventuelle qu’elles laisseraient au pouvoir, il en va de même.

Le constat se vérifie sur le terrain! Le fond « Génération » qui rassemble des entreprises familiales cotées est largement plus performant que l’indice CAC 40. Réputation bien acquise oblige!

Mais, il y a aussi d’autres petites affaires familiales qui se portent bien. Sur la scène politique, le FN en est un exemple caricatural.

Un fondateur talentueux, un produit hyper-démagogique, une communication provocatrice, une clientèle aux motivations ambigües, entre la frustration, la détestation de l’autre et la simple déception. Mais, comme pour tout « patron de combat », le rêve dynastique n’est jamais absent. Nicolas Sarkozy y avait aussi pensé en tentant d’imposer son fils, le Prince Jean. Quelle erreur révélatrice et fatale!

Au modeste niveau d’un commerce, ou même d’une entreprise, l’exercice est plus facile. Encore faut-il que le talent soit transmis dans la famille? Pour revenir au patriarche de Saint-Cloud, il faut reconnaître que la relève féminine est présente.

Avec un savant dosage d’habileté et de brutalité, Jean-Marie Le Pen a préparé le terrain, opposant les uns aux autres, tissant des alliances de circonstances, quelquefois familiales; il a chauffé la salle pour passer la fonction tout  en gardant la main. Il faut dire aussi qu’il a été bien aidé par ses concurrents, qui raisonnent en « courants », se déchirent au grand bonheur du patron du FN, qui ramasse les miettes et ratisse large. Lorsque les leaders du PS ou de l’UMP déclarent en public qu’il faut rassembler la famille, la réalité dément le propos quelques jours plus tard.

Trop de démocratie, tuerait-il la démocratie? Sans doute pas.

Trop d’ambitions et peu d’idées en portent le risque.

D’une certaine façon, les français aiment jouer à se faire peur, croyant que leur bonne étoile les ramènera sur le bon chemin.

Pour un temps.

Pino curieux

oct 19

Pour placer le fruit de son travail en Bourse, il faut avoir le cœur solide.
Sensibles aux humeurs et aux rumeurs, exagérant les événements, les marchés financiers, que l’on croyait fondés sur des réalités, font la fortune des uns, ruinent les autres et donnent le tournis à chacun.

A qui se fier?

Aux analystes? Certainement pas. Démentis par les faits, la plupart ont perdu de leur arrogance et se réfugient dans le commentaire. Au pays des borgnes, et avec un peu de vocabulaire, quelques uns font encore illusion.

A la presse financière? En pleine déconfiture, elle ne survit qu’avec une publicité de complaisance, et grâce aux relais des medias et sites d’information économique, qui ont au moins l’avantage du temps réel.

Aux gérants de portefeuille? La simple lecture des palmarès de la plupart encourage à parier les yeux fermés.

Aux conseils en patrimoine? A l’ancienne, leur prudence devient talent? Encore faut-il ne pas être trop gourmand?

Bref, dans un monde financier gouverné par l’effet d’annonce et la peur du lendemain, et pour mieux préparer l’avenir, il vaut paradoxalement mieux regarder le passé qu’imaginer le futur!

Hélas ou heureusement, l’actualité le vérifie à nouveau et démontre que la réputation (« reputare ») qui se penche sur le passé a aussi une valeur spéculative: promesse de jours meilleurs.

En créant le « reputation index »(qui regroupe les sociétés ayant la meilleure réputation des dernières années), l’Observatoire de la réputation souligne encore dans l’incertitude boursière, que la confiance, fondement de la réputation, est le vrai « moteur » de l’économie d’un pays et du succès des entreprises.

Alors que le CAC 40 ne progresse que de 2% depuis le 1er janvier 2010, les 10 valeurs les plus réputées progressent en moyenne de 30%.  En Bourse, la patience est récompensée; encore faut-il entretenir la flamme? Ainsi des champions de la réputation, classées RRRRR en 2010, avec + 98% pour Essilor et +31% pour Air Liquide.

Le principal « driver » de la réputation est bien sûr la confiance. Car la réputation est une promesse, une garantie. Un moment infidèle à la marque ou l’entreprise, le consommateur ou l’investisseur, recherche aussi l’assurance d’en avoir pour son argent. « Reputation gives you a second chance » dit-on au pays du rêve américain. La qualité tire la réputation, l’innovation est largement récompensée, encore faut-il avoir confiance?

Rappelons simplement le palmarès 2010 des entreprises réputées:

- RRRRR: Essilor et Air Liquide, + 60% en moyenne, depuis le 1er janvier 2010,

- RRRR: Danone, L’Oréal, LVMH, Michelin, Lafarge, Pernod Ricard, Saint-Gobain, Technip, + 29% en moyenne

avec R, Orange et Total ferment la marche et perdent 35% pour l’ex monopole et 2% pour le quasi-monopole.

Bonne bourse.

Pino épargnant

déc 07

Dans la vie personnelle, professionnelle, artistique, sportive ou politique, la réputation de chacun est une promesse. Fondée sur un regard, un passé raconté, interprété au filtre des valeurs du moment, la réputation ouvre à la spéculation sur un probable succès ou échec dont témoigne notre histoire.

Lorsque le PSG ou Monaco dépense des millions d’euros pour s’attacher une vedette, le club achète en réalité le brillant passé d’un buteur agressif, loue sa réputation pour enrichir et valoriser la sienne, en espérant que droits TV et fréquentation couvriront à court terme les frais…Et lorsque le succès est au rendez-vous, la dépense devient investissement, pour le bonheur de tous ! Bref, on spécule sur la réputation de ces artistes du ballon rond. Bien sûr, on ne peut pas gagner à tous les coups. Pour un Messi, Ronaldo ou Ibrahimovic, il y a aussi des dizaines de Gourcuff, vendus et payés très cher. La déception est souvent à la hauteur de la dépense, et au soir de la défaite, il y aura des boucs émissaires et des victimes.

Dans la vie politique, les montants semblent moindres au regard des enjeux. L’électeur est rarement supporter. Il choisit souvent par défaut et avec le temps se montre velléitaire, mais paradoxalement fidèle. Voter, investir ou parier sur François Hollande c’était, au regard de sa réputation – et non de son action – spéculer sur un avenir meilleur. Sa rémunération, maigre sur le plan financier, sera la popularité et  l’honneur  d’inscrire son nom sur la liste épurée des présidents de la Vème République. Et avec le temps, car les français sont légitimistes, il pourra rejoindre ceux dont l’action ou l’inaction, a contribué à la gloire ou la décadence de notre vieux pays.

Dans le monde des affaires les perceptions sont différentes, plus objectives. On peut même attribuer une valeur à la réputation d’une entreprise, d’une marque ou d’un manager. Lorsque Denis Kessler arrive à la tête de la SCOR, le cours boursier de l’entreprise se redresse, et quelques années plus tard, l’entreprise a triplé sa valeur! Cela mérite à coup sûr considération et rémunération !

Plus spectaculaire est le cas de Lyndsay Owen Jones, qui en 10 ans de bons et loyaux services à la présidence de L’Oréal, et 37 ans de fidélité à l’entreprise, a fait passer le patrimoine de Liliane Bétancourt de 500 millions d’euros à plus de 20 milliards…Bonne retraite !

Comment ne pas parler de Pierre Bellon, fondateur de Sodexo, qui après avoir créé 500 000 emplois et rendu riches ses actionnaires, et s’être vu interpelé par Arnaud Montebourg par un « vous êtes qui ? » qui en dit long sur sa culture économique,  transmet –sans bruit – sa holding familiale à la plus douée de ses enfants ? Respect !

…mais il y a aussi les accidents de parcours, et plus récemment celui d’un « homme jeté aux chiens » et peu soutenu par ses pairs.

Réduire Philippe Varin à sa retraite chapeau, c’est faire peu de cas de la réalité :

-        Honte d’abord à ces ministres, emboîtant le pas à une opinion chauffée à blanc, et qui pour la plupart n’ont jamais connu de l’entreprise que des visites intéressées : seuls 2 sur 36 ont travaillé en entreprise ;

-        Etonnement devant la discrétion des medias sur le passé de Philippe Varin, qui ne se résume pas à son passage chez PSA ; il a été embauché sur sa réputation de « redresseur » qui, en quelques années a multiplié par 7 la valeur d’une entreprise sidérurgique, en Bourse ;

-        Etonnement encore sur la méconnaissance des soi-disant « experts » (des plateaux radio et TV, surtout), qui oublient que sur un tel dossier, tout se négocie à l’Elysée et avec l’actionnaire familial…sans oublier qu’il faut plus de 5 ans pour changer de stratégie dans les métiers de l’automobile : celui qui lance la voiture est rarement celui qui l’a conçue.

Quant au montant de la retraite chapeau, 7 millions d’euros  (et non 21 avant impôts…), il est indécent au regard d’un plan social dramatique, mais ce patron, maladroit dans ses expressions, méritait-il ce lynchage total sous le regard cynique d’un concurrent sous perfusion ?

Pour un homme politique, aux choix économiques souvent désastreux, on parlera d’une « mauvaise passe »…avant de le retrouver aux affaires. Pour un manager la blessure est plus profonde et rares sont ceux qui se remettent en selle. Riches pour beaucoup mais écœurés pour la plupart.

Pino le vertueux

fév 13

  

 

L’Observatoire de la réputation a été créé en 1993 sur une idée simple : regard social, la réputation de chacun, bâtie avec patience sur l’observation d’une attitude, permet de prévoir les comportements futurs. On peut la mobiliser en cas de coup dur, s’en réclamer pour vivre sur sa réputation, voire la louer. Préjugé, la réputation, a une valeur spéculative.

Pour certains, elle est un boulet, pour d’autres elle est une promesse de gain.

 

Depuis 20 ans, l’Observatoire de la réputation note les entreprises du CAC 40 sur leur réputation analyse et mesure leurs performances boursières dans les moments d’euphorie comme de déprime. Et les résultats sont au rendez-vous.

 Sur les 3 dernières années, les 10 sociétés notées les plus réputées par l’Observatoire de la réputation en janvier 2010 (avec une notation 5R, Essilor et Air Liquide mènent le bal devant Danone, L’Oréal, LVMH…) ont une performance moyenne de 36% quand l’indice perd 6%.

Mieux, sur 2012, ces mêmes entreprises progressent de 29%, soit 16% de plus que l’indice CAC 40.

Pour les nostalgiques des « grandes années boursières », le Reputation index 95 (indice de l’Observatoire de la réputation, avec parmi les 10 sociétés les plus réputées : L’Oréal, Air Liquide, LVMH, Danone,…mais aussi Total et Société Générale) a une performance de  39 %, contre – 30 % pour l’indice phare de la Bourse de Paris.

«Sur le long terme, la réputation apporte une plus-value considérable : 5% par an en moyenne. Les difficultés économiques qui plombent un secteur ne doivent pas masquer la formidable réussite de sociétés centenaires comme Essilor, mais aussi Air Liquide, LOréal, Danone, Pernod Ricard, ou plus récemment LVMH…En France, l’âge de l’entreprise a une influence considérable sur sa réputation : les entreprises les mieux notées ont 130 ans, en moyenne ; et les moins bien notées n’atteignent pas 70 ans !ce qui n’est pas un signe de vitalité économique !

Aux Etats-Unis, grâce à Microsoft, Apple, Google,Amazon, Facebook,…les entreprises accèdent à la reconnaissance plus tôt : 60 ans en moyenne en 2012 contre 83 ans en 2005. »

JPP

Retrouvez l’Observatoire sur France info avec Jean-Yves Courtial : Reputation230113

nov 17

L’entreprise doit-elle avoir une vie publique ?

La question n’est pas innocente, surtout lorsque la tempête se lève et que media et réseaux sociaux se chargent d’en assurer la chronique au quotidien.

Selon la tradition européenne, l’entreprise n’a pas vocation à faire parler d’elle à l’extérieur de son champ d’activité propre. Elle doit rester discrète, s’occuper de ses clients, son personnel, ses actionnaires, et les satisfaire si possible. Un point, c’est tout.

L’exemple type est Michelin. Cette société « historique » et rapidement internationale, connue pour la qualité de ses produits et son innovation,  était aussi la plus secrète, transformant ses usines en bunkers, afin de maintenir autour de Bibendum une atmosphère de mystère. Pionnière dans le service aux automobilistes, Michelin n’avait de manifestations extérieures que le fameux bonhomme en caoutchouc, les bornes kilométriques et le Guide des meilleurs restaurants. François Michelin, affichait d’ailleurs, si l’on ose dire, une volonté presque maladive de ne pas gaspiller. Il recevait ses visiteurs dans une petite pièce sombre et pauvrement meublée -  des chaises dépareillées, un bureau miteux – afin de prouver de façon ostensible, jusque dans les détails, son souci de l’économie.

C’est le même François Michelin qui avait coutume de distinguer « mémoire courte et mémoire longue ». La mémoire courte, selon lui, c’est l’image qui imprime immédiatement la rétine lors d’un événement. Qu’il s’agisse d’un succès en Formule 1, des pneus de la navette spatiale ou d’un plan de licenciement portant sur plusieurs milliers de personnes, comme cela se produisit en 2001 sous l’œil d’ailleurs impavide de Lionel Jospin. Les gazettes en font leurs titres, mais l’Histoire finalement ne s’y attardera pas. Certes, les images successives construisent le film de Michelin, mais il y faut du temps, presque un scénario, qui sera fondamentalement empreint des valeurs incarnées par la firme et les fondateurs d’un empire familial. C’est ce patrimoine qui constitue la mémoire longue, et c’est cela qui crée de la valeur, de la réputation.

Car il n’y pas de réputation sans histoire.

Alors que l’on parle d’une France industrielle piteuse dont les fleurons se limiteraient à Airbus et au TGV, on oublie une peu facilement ces entreprises centenaires, souvent familiales, qui traversent les crises à condition que l’autorité du moment laisse ses gouvernants faire leur métier.

Alors aussi que le pouvoir redécouvre les vertus du libéralisme, sans enthousiasme, il n’est pas inutile d’observer les performances de ces entreprises dont la réputation est le fondement de leur patrimoine.

En 2010, l’Observatoire de la réputation a établi la liste courte des 10 entreprises françaises ayant la meilleure réputation, avec en tête du hit-parade, Air Liquide et Essilor, suivie de près par Danone, LVMH, L’Oréal, Michelin, Lafarge, Pernod-Ricard, Saint-Gobain et Technip. Régulièrement, l’Observatoire compare les performances boursières moyennes de ces sociétés (Reputation index), à celles de l’indice CAC 40. Bonne surprise et récompense pour ceux qui considèrent la réputation comme un gage de succès : de 2010 à ce jour, le  Reputation index a progressé de 31%, lorsque le CAC 40 plonge de 15%. Et la société la plus performante sur cette période est une « industrielle » : Michelin, avec 74% !

Comme quoi, il ne doit pas y avoir que des « canards boiteux » dans notre industrie, même automobile.

Pino, le routard

sept 06

L’histoire de Peugeot se confond avec l‘histoire industrielle de la France des deux derniers siècles. Beaucoup d’idées et peu de brevets, du commerce et peu d’agressivité, plus de raison que de passion, un style volontiers bourgeois qui ne cède pas à la mode. Une entreprise plus respectée qu’aimée, qui a traversé les crises avec courage et n’apprécie pas trop les critiques des apprentis industriels.

Il faut dire que Peugeot pourrait donner des leçons sociales à beaucoup. Sa culture paternaliste en a fait vivre beaucoup et rendus riches quelques-uns. Mais aujourd’hui, dans le monde réel, il faut aussi un peu de cynisme. Longtemps les Français ont été fiers de leurs voitures, qui reflétaient souvent leur mode de vie et tempérament. On aurait pu affirmer « dis-moi quelle voiture tu achètes, et je te dirai qui tu es ». Il y a bien des années, les grands constructeurs étaient clairement identifiés. Leur gamme offrait peu de modèles, et présentait une cohérence relative à la marque. Celle-ci signait le modèle, ajoutant une caution à sa personnalité propre. On pouvait dire dans la « famille Citroën », il y a l’astucieuse 2 CV et la futuriste DS. Ces deux voitures portaient la formidable réputation d’intelligence et d’esthétique qui caractérisait la marque depuis le début du XXème siècle. Pour beaucoup de conducteurs, on n’achetait pas une DS, on investissait, ou plutôt on s’y investissait, louant à bon prix le signe évident de sa propre modernité. Il y eut des « citroënistes » fervents, des passionnés qui ressemblaient en quelque sorte au génial constructeur. Ce qui est vrai pour Citroën l’est également pour une marque comme Peugeot, qui s’adressant à des conducteurs plus raisonnables a priori, a cru bon de souligner dans sa publicité que l’automobile doit « rester un plaisir ».

En 1976, le mariage des deux constructeurs rivés français  (Renault était une régie nationale…) a défrayé la chronique : alliance au sein de PSA de la « raison et de la passion », l’eau et le feu. Heureusement, la famille Peugeot, aux commandes, a eu l’intelligence de laisser les tempéraments de chacun, sur un marché en pleine croissance.

Revenons donc à Peugeot, (PSA est le 2èmeconstructeur européen !) au capital largement familial, qui a commencé en 1810 dans les moulins de table, les roulements mécaniques, avant de créer en 1890 la première voiture à essence française. Très vite la marque acquiert une forte réputation de fiabilité, et l’entreprise devient un modèle social. On achète des Peugeot toute sa vie et on travaille à Sochaux pour la vie. Ce qui fait sa force avant, devient une faiblesse majeure lorsque la fidélité est une valeur aléatoire et que le maître mot (à ne pas prononcer) est la flexibilité !

Alors que l’entreprise négocie avec habileté un plan social « à la Peugeot » qui limite la casse, les nouveaux gouvernants font du zèle, pointent les dirigeants et actionnaires familiaux…avant que les patrons ne montent au créneau. Pierre Bellon, interpelle aux Journées du Medef Arnaud Montebourg : « les dirigeants n’ont aucune leçon de stratégie, de gestion sociale, de management à recevoir du gouvernement ». Tonnerre d’applaudissements pour celui qui a créé pas moins de 500 000 emplois !…et leçon d’humilité pour l’arrogant ministre.

En attendant, Moody’s dégrade la note de Peugeot, le titre devient « spéculatif »…mais avec RRR, Peugeot PSA reste toujours parmi les entreprises françaises à forte réputation.

Ce qui est aussi une promesse pour l’avenir.

JPP

Retrouvez Peugeot sur France info 8-10 Peugeot

sept 05

Peu d’entreprises auront autant fait pour le « pouvoir d’achat » des Français qu’Iliad.

Imaginons un monde sans free, dans lequel de tranquilles oligopoles gratteraient chaque année entre 50 et 100 €, auprès de 40 millions de consommateurs!

Bien sûr, Xavier Niel, le patron d’Iliad, n’est pas un Saint, et son parcours en témoigne; mais, sous bien des aspects, c’est un bon citoyen, plein d’idées, plus cow-boy que gentleman.

L’aventure commence dans le porno-soft des années 90, lorsque l’entreprenant Xavier Niel, rachète « Minitel rose », qui fait le bonheur de ses clients…et de France Télécom. Derrière ce rachat se cache surtout le projet de créer la première interconnexion Minitel/Internet.

En 1999, s’ouvre le « réseau grand public » free, à prix discount, bien sûr.

Mais cela coute cher! Goldman Sachs flaire le bon coup, injecte 15 millions de dollars dans la société…pour un groupe qui en vaut aujourd’hui plusieurs milliards.

En 2002, devant des concurrents incrédules, Iliad lance l’offre révolutionnaire free à 29,99€. Et ça marche.

L’aventurier français du net fait bouger les lignes. Iliad entre en Bourse, et après une courte période de scepticisme, ce sera le succès: en 8 ans, l’action vedette se valorise 6 fois plus que l’indice CAC 40.

Créatif par nature, innovateur sur le terrain, visionnaire à coup sûr, Xavier Niel lance dans la foulée le « dégroupage total » avec les appels gratuits fixes/mobiles, la freebox révolution, rachète l’anglais Alice, et lorgne du coté du juteux marché des mobiles,…où les marges des opérateurs nationaux atteignent les 40%!

Malgré un lobby exceptionnel, Iliad emporte la licence, pactise avec Orange, et avec une offre super-discount gagne près de 4 millions d’abonnés en quelques mois.

Un vrai cauchemar pour l’oligopole…surtout lorsque lorsque l’habile patron d’Iliad annonce la couleur: une offre « sociale » à 2 euros par mois.

Respect!

JPP

Retrouvez Iliad sur France info 7-10 Iliad

sept 04

La petite histoire boursière raconte qu’une jeune veuve, allant chercher conseil chez son notaire, lui demanda quelle était cette société tranquille, qui bon an mal an, lui rapportait un peu plus que ses Bons du trésor. Cette actionnaire fut même caricaturée par un haut personnage  de l’époque : « La Bourse de Paris n’est pas faite pour la veuve de Carpentras qui passe un ordre tous les 10 ans ! »

Comme si la Bourse était réservée à la spéculation et non à l’épargne patrimoniale. Que la fidélité à une société respectant ses engagements et déjà transparente, était désuète, sinon antiéconomique…

Les épargnants, qui ont conservés les titres d’Air Liquide dans leur portefeuille, ont bien fait de ne pas écouter les soi-disant  experts, autorités et conseillers financiers de tout poil. Il est vrai que faire la culbute avec des valeurs de « père de famille » en quelques mois relève de la gageure. En revanche, si l’on veut dormir tranquille et faire de belles performances, il vaut mieux s’intéresser à des entreprises dont la réputation est une promesse de résultat. Avec quelquefois de très bonnes surprises : sur les 10 dernières années, Air Liquide (notée « entreprise ayant la meilleure réputation » en 1995, 2010 et à nouveau cette année, par l’Observatoire de la réputation), a réjoui la veuve de Carpentras, en doublant de valeur alors que l’indice CAC 40 s’effondrait.

La France serait malade de son industrie ! Et pourtant il existe de beaux fleurons, leaders mondiaux dans leur métier comme Air Liquide (gaz industriels et médicaux), qui pourraient être cités en exemple au lieu de dénoncer les plus fragiles.

Centenaire, comme la plupart des entreprises françaises à forte réputation (et performances…), Air Liquide créée en 1902, s’implante …en Chine, dès 1906, et entre en Bourse en 1913. Le fondateur (Paul Delorme) et les dirigeants, cultivent le secret et la discrétion. Sauf pour les actionnaires qui viendront très vite accompagner le succès de cette entreprise d’ingénieurs. Secrète sur ses « process », l’entreprise est transparente pour ses actionnaires (37% du capital est détenu par des particuliers !). Air Liquide est même la première entreprise cotée du CAC a avoir lancé une Lettre d’information aux actionnaires !

De quoi fidéliser la toujours jeune veuve de Carpentras.

JPP

Retrouvez Air Liquide sur France info  6-10 Air Liquide