juin 07

Une juxtaposition d’images sympathiques, avec ces quelques mots un brin méprisants, l’ex Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, explique le succès de la communication d’Emmanuel Macron.

Bien vu, mais au travers de ce raccourci ironique, l’éphémère Premier Ministre oublie que l’essentiel n’est pas dans la médiatisation ou les réseaux.

Ceux-ci multiplient, amplifient le message et accélèrent la diffusion des images. Encore faut-il que celles-ci produisent un écho, qu’elles entrent en résonance avec des attentes dont le citoyen est porteur ? Pour cela, il faut non pas juxtaposer ou additionner mais ordonner ces images dans un scénario qui parle à son public.

On comprend la jalousie d’un ministre au talent réel mais limité au rôle de « premier flic de France », qui s’est progressivement enfermé dans une réputation de croque-mort. Réputation qu’habilement le nouveau Président loue à bon compte et à durée limitée.

A propos de réputation, on ne peut que s’étonner de la rapidité avec laquelle, Emmanuel Macron, s’est bâti une réputation de Président de la République.

On a coutume d’écrire que pour bâtir une réputation, il faut du talent, du travail et du temps.

Peu d’exceptions existent et lorsqu’on peut les relever dans l’histoire, le talent croise des circonstances exceptionnelles.

Sans doute sommes-nous dans un cas assez proche ? Le peuple, fatigué des vieilles ficelles et promesses, se tourne vers l’homme plus neuf que providentiel.

S’y ajoute que pour se créer une notoriété et une image, nous ne sommes plus à l’heure de la diligence. La révolution numérique a ses bons et mauvais cotés et les nouvelles se diffusent plus vite.

S’y ajoute aussi que lorsque les journalistes s’ennuient, qu’ils prévoient une campagne bien fade, l’arrivée d’un nouveau venu, plutôt surdoué, est une aubaine !

S’y ajoute enfin que, lorsqu’on vient du diable Vauvert, il faut un peu de chance et les multiples maladresses des concurrents feront l’appoint.

Les ingrédients étaient donc là, le contexte aussi…et la « dynamique » (comme disent les sondeurs) créera le phénomène « macromania », car il faut bien qualifier – a posteriori – ce qui vous échappe et que l’on n’a su anticiper.

Mais il faut aussi convenir, que nos raisonnements (et non certitudes), y compris en matière du rôle de la réputation dans la réussite politique, demandent un sérieux rafraichissement.

On peut aussi se consoler intellectuellement en plaidant que dans la combinaison des 3T (talent-travail-temps), le vrai moteur de la réputation est le talent, ce qui n’est qu’évidence.

Soyons beaux joueurs, nous n’avons rien vu venir !

Pino amusé

mai 12

Lorsque la réputation des hommes publics ne rencontre plus la morale du moment, que la déception est à la hauteur des engagements non tenus, alors on se tourne vers ceux dont la jeune réputation ne connaît pas le discrédit. Pour ces startups de la politique, l’enthousiasme n’est pas toujours au rendez-vous.

Nouveaux talents, élus souvent par défaut, ils suscitent plus d’intérêt et d’espoir chez nos voisins que pour un peuple désabusé par tant de promesses répétées.

La jeune réputation du nouveau président, ses premiers pas, semblent être de nature à favoriser le rebond !

Heureusement, il y a la Bourse, qui s’intéresse plus à l’avenir qu’à un morne passé. Optimiste par obligation, la Bourse spécule, anticipe et quelquefois rassure. Réaliste  par expérience, elle sait aussi prendre quelques risques mesurés.

Au 10 mai 2017, les performances boursières des sociétés cotées les plus réputées (notées au moins 4R par l’Observatoire de la réputation en 2015) confirment à nouveau que la réputation apporte une plus value boursière à moyen terme.

Depuis le 1er janvier 2015, les 10 sociétés composant le reputation index (LVMH, L’OREAL, DANONE, MICHELIN, AIRBUS, AIR LIQUIDE notées 5R, et LEGRAND, PERNOD-RICARD, SAINT-GOBAIN notées 4R) ont progressées de plus de 40% en moyenne, alors que l’indice CAC 40 ne gagnait que 26% !

Les meilleures performances venant d’AIRBUS (+88%), et de deux sociétés « familiales » LVMH (+76%) et MICHELIN (+63%).

A l’inverse, les sociétés les moins réputées (notées 2R en 2015), ne progressent que de 11%.

Plus étonnant, est la survaleur apportée par la réputation à court terme : sur les 6 derniers mois, le CAC 40 a progressé de 19% et le reputation index de 25%.

Ce résultat est d’autant plus intéressant que la réputation fonctionne en général comme une assurance, récompensant les plus vertueux dans le temps. Mais on voit ici qu’en Bourse, la réputation peut avoir une valeur spéculative.

Il est vrai qu’on est ici dans la « vraie vie », que les promesses ne suffisent pas et que la réputation se fonde alors sur des réalités.

Il est vrai aussi que la réputation d’une startup dans le domaine économique ou politique peut, à l’ère du numérique, se bâtir en quelques années, voire quelques mois.

L’école qui forme le plus de nouveaux entrepreneurs, HEC, n’a t’elle pas comme signature « apprendre à oser ».

Pino, intéressé

avr 24

Il ne suffit pas de se bâtir un patrimoine réputation, un capital sur lequel on pourrait tirer au fur et à mesure des besoins ou des mésaventures.

Plus solide qu’on ne le croit, la réputation, notamment celle des hommes publics, est fragile. D’autant plus fragile qu’on l’a construite sur le respect de valeurs partagées.

Il faut la nourrir par des actes et non de simples déclarations.

L’écueil principal avec une « bonne » réputation réside dans les exigences du comportement.

L’homme public devient l’obligé de sa réputation dans sa vie privée !

Après tout, il l’a bien cherché, lui qui, pour quelques suffrages, a entrouvert la porte de sa maison.

Avoir une réputation sulfureuse, ne crée pas les mêmes obligations.

La révélation d’un tourment ne suscite pas la surprise et affecte peu la réputation. Souvent même, elle l’a conforte.

Lorsque la réputation des uns est ternie et que le doute s’installe, que celle des autres est cantonnée dans une idéologie, il ne reste plus qu’à se tourner vers la nouveauté ou le plus offrant.

Ainsi en va t’il des élections présidentielles ?

Un premier tour qui voit la défaite d’un candidat favori à la réputation soudain écornée et celle de ceux qui promettaient la lune.

Un second tour ou le jeune favori fait tout pour ne pas emprunter la réputation de ceux qui le rejoignent par conviction ou intérêt.

Face à des électeurs déçus par les professionnels de la politique, il ne veut pas devenir prisonnier d’une réputation à crédit.

Moderne, il préfère l’image à la réputation.

Un pari !

Pino, attentif

mar 30

On l’a dit, écrit, soutenu, la réputation fonctionne davantage comme un parapluie que comme un parachute. Si la réputation permet d’amortir les mauvais passes, encore faut-il savoir s’en réclamer?

Il est vrai que le public se montre compréhensif devant les premiers faux pas, voire tolérant sinon complaisant lorsqu’ils nous ramènent à nos propres comportements ou intérêts.

Mais pour que la réputation apporte l’immunité, encore faut-il avoir vacciné ses sujets ?

L’inoculation consiste à injecter l’idée d’une légère déviance par rapport à la morale du moment, la faire admettre comme partagée, et à pratiquer les rappels nécessaires. Inscrire dans la mémoire commune un paradoxe acceptable.

Ainsi, lorsque la rumeur devient nouvelle, il n’y a pas de mauvaise surprise, et le patient-citoyen n’est guère affecté par l’information, somme toute bien banale. Encore faut-il le faire avec habileté ? Par exemple, ne pas avoir mis la barre trop haut en se proclamant vertueux et dénonçant les infidèles.

Qui suis-je pour condamner ?

Il faudra distiller le poison à petite dose et dans le temps pour éviter tout choc.

Bref, ne pas être brutal par une révélation non maitrisée, au mauvais moment. Le pire étant celui d’une élection, bien sûr.

La dénonciation de sa déviance par un tiers complique les choses. Tout le monde sait que les hommes et femmes de pouvoir sont pour la plupart gourmands dans la vie. Les choses se compliquent lorsque les gazettes dérapent, que les gendarmes se déplacent, et que la justice s’en mêle.

Et pourtant, certains s’en tirent très bien. Surtout ceux dont la popularité, qui n’est pas un jugement de valeur, prend le pas sur la réputation. Le « tous pourris » est bien arrangeant pour celui dont la réputation sulfureuse le place dans le peloton de tête. Mais, s’il a inoculé avec patience ses électeurs et géré au mieux leurs intérêts, le vote – même honteux – est ouvert.

Prenons le cas d’un édile local, grand bâtisseur d’écoles, crêches,…soutien actif des services sociaux, plutôt cordial et à l’écoute. Caricature du paternalisme électoral, il en a toutefois bien des défauts. Flirtant avec la ligne jaune et quelquefois dans le rouge et même condamné, il est toutefois plébiscité pour ses bons services, au grand dam d’adversaires peu efficaces lorsqu’on leur confie les manettes. « Au moins, il est honnête », ne fonctionne pas dans les affaires.

Dans l’actualité, il y en a de plus vertueux qui sont à la peine, faute d’avoir semé des petits cailloux.

Déni, manque de réalisme, sens politique peu aiguisé pour le job convoité et qui augure mal d’un avenir dans lequel la vertu risque de ne pas être la qualité la plus attendue.

Pino dubitatif

fév 07

Il en faut du temps, du talent, des mains serrées, du courage quelquefois, des couleuvres avalées, pour se bâtir une réputation en politique.

Créer cette relation de confiance qu’il faudra mériter tous les jours, et qui entraine d’autant plus d’obligations que l’on se réclame de valeurs qui relèvent plus de la morale de l’époque que de l’éthique personnelle.

Plus votre réputation est élevée dans l’esprit de vos contemporains, plus elle vous oblige. Tel élu aux multiples casseroles est mieux protégé contre les mauvaises nouvelles que celui qui a patiemment construit une réputation d’honnêteté que les français exigent, tout en élisant de moins vertueux.

Bref, à quoi servirait une bonne réputation si on ne peut s’en réclamer ?

En réalité, rien n’est jamais définitivement acquis.

Accéder à la réputation est difficile. Mais il n’est pas non plus aisé de vivre avec elle. Sur elle. De savoir rester à sa hauteur. D’éviter les déboires qu’elle peut inversement provoquer. Elle crée des exigences pour soi même, et pour les autres.

On peut devenir en effet prisonnier de sa réputation.

Ils sont nombreux les acteurs qui se plaignent d’être confinés dans des rôles comiques, alors qu’ils se sentent une âme de tragédiens. Et quelle difficulté de jouer les boute en train quand on est porté à la sinistrose…La famille, les voisins, les collègues, le public vous enferment dans une fonction, dans un rôle. Quelquefois l’habit de scène devient trop étroit, ou alors c’est la mode qui change. La réputation, notre réputation, s’installe dans un ensemble dont nous ne maîtrisons que certains paramètres.

Bâtie avec patience sur des réalités et des promesses, elle peut être fragilisée par des fautes, maladresses, ou des agressions. Il faut alors la protéger, quelquefois la défendre. Certaines égratignures ne font que l’humaniser. D’autres blessures plus profondes réclament un traitement spécifique, parfois l’assistance  de conseillers ou d’experts. D’autres enfin supposent une intervention d’ordre chirurgical. On ne peut tout laisser dire, tout laisser faire, au risque de gangrène. Il y va de sa propre intégrité.

L’agression la plus grave est à coup sûr la calomnie, cette accusation devant le Tribunal de l’Opinion portée sciemment contre quelqu’un, afin de jeter sur lui le discrédit.

Elle se présente comme une attaque frontale, complaisamment relayée, amplifiée, exploitée, entretenue. Et le public attend l’affrontement, il s’invite au spectacle, guettant, faute d’aveux, la moindre maladresse ou inexactitude qui nourrira la « série ». A moins qu’une révélation, conservée au frais par un soi-disant journaliste en mal de notoriété, ne vienne stimuler l’audience.

Une « erreur » devient mensonge. Peu  importe de « livrer aux chiens » l’honneur d’un homme, sans attendre le jugement.

Après tout, en recherchant notre confiance puis nos suffrages, il l’a bien cherché !

Pino fâché

jan 29

On ne se méfie jamais assez de ceux qui se prétendent être vos amis.

Toujours prompts à colporter les nouvelles et absents ou maladroits lorsqu’il s’agit de déminer. Si leur rôle est clé pour diffuser, il n’en va pas de même pour leur crédibilité.

La réputation se diffuse par cercle concentrique, lorsqu’il s’agit de la bâtir. Et la crédibilité des propos se dégrade au fur et à mesure de l’éloignement du sujet…quand tout va bien. Dans la crise, la crédibilité s’inverse ! Le soutien – même intéressé – de tel adversaire, donne davantage de crédit que celui d’un proche. Pourquoi serait-il suspect alors qu’il est sensé en tirer avantage ?

La rumeur s’épanouit dans l’ambiguïté.

Elle apparaît comme une réponse raisonnable à une situation « floue ». L’observateur connait bien ses terrains d’élection : le sexe bien sûr, l’argent et la santé. Pour qu’elle prenne corps, elle a besoin de relais, d’amplificateurs, qui, sans y apporter du fond, la « commercialiseront », comme une marchandise précieuse.

Après les media traditionnels, on a cru que les réseaux sociaux seraient les vecteurs préférés des rumeurs. Quelques mots assassins, un réseau, une curiosité entretenue et c’est la gloire ou le rejet. Avec un peu de chance (sic), des journalistes en panne d’actualité, apporteront le crédit de leur signature ou de leur journal. Vite bien sûr, car peu importe la vérité, la mode est à la « post-vérité », celle qu’on arrange après pour coller avec ce que la plupart croient.

Le ragot est d’une autre nature. Il emprunte à la calomnie – mot plus élégant – ce fumet de caniveau qui assure le succès de la nouvelle. Pour connaître le succès populaire, le ragot se nourrit des mêmes ingrédients que la rumeur, mais il s’appuie sur des témoins, surtout des faux, qui veulent profiter de l’aubaine pour exister. On connaît la rumeur Adjani qui périt devant les faits expliqués. Mais on connaît aussi la calomnie contre Baudis qui fit « pschitt » après la rétractation de témoins et la condamnation de Karl Zéro qui paya une prostituée pour étayer son scoop !

« La calomnie est comme la guêpe qui vous importune, et contre laquelle il ne faut faire aucun mouvement, à moins qu’on ne soit sûr de la tuer. Sans quoi, elle revient à la charge, plus furieuse que jamais», écrivait Nicolas Chamfort.

Pour résister aux agressions des rumeurs et ragots, une solide réputation ne suffit pas, hélas ! La « victime » a peu de temps pour dire sa vérité. Le recours aux armes lourdes est préférable sinon nécessaire. Le renversement de l’opinion, expose Dominique Baudis dans son livre « Face à la calomnie » s’est fait lors de son intervention sur TF1. Alors que les commentateurs virent de la culpabilité dans l’émotion de l’invité, le public y vit de la sincérité. Mais ce qui a été décisif, fût la contre-attaque juridique. Cela calme les ardeurs des colporteurs de mauvaises nouvelles, des procureurs médiatiques d’opérette qui oublient le sens de leur métier.

A condition de ne pas laisser la plaie s’infecter et quelquefois de préférer la chirurgie à la médecine douce, entre gens bien élevés.
Avant qu’il ne soit trop tard !

Pino pas surpris

déc 21

On savait que la réputation faisait partie de notre patrimoine.

Que constituée en valorisant nos talents, grands ou petits, avec patience et quelquefois habileté, elle s’inscrit dans la mémoire longue de la société.

Que se gardant du bruit et de la confusion, elle se bâtit davantage sur des faits que des images.

Qu’elle se fonde davantage sur la raison que l’émotion, sans pouvoir s’en soustraire.

On a cru un moment que les medias et réseaux faisaient le jugement de nos contemporains.

Et pourtant, force est de constater que les efforts pour construire une solide réputation se soldent par de vrais dividendes.

En Bourse, bien sûr, comme le démontrent de longue date l’Observatoire de la réputation, avec le reputation index, ou le Reputation Institute avec son classement des « most admired companies », classées par Fortune sur le critère de leur réputation.

Mais l’actualité rejoint nos réflexions, avec la décision de la Cour de Justice de la République qui condamne Christine Lagarde pour sa « négligence » mais ne prononce pas de peine, en raison de sa bonne réputation !… Et le gouvernement français lui renouvelle sa confiance dans l’heure qui suit le prononcé du jugement.

Que Christine Lagarde ait bonne réputation tant en France qu’à l’étranger ne fait aucun doute. Qu’elle participe à la « bonne » réputation de la France en présidant l’une des organisations internationales les plus puissantes du monde est une évidence. Qu’elle ait été manipulée ou se soit montrée naïve est plus que probable. Mais comment expliquer qu’en l’espèce, l’ancienne Ministre ait été sauvée par sa réputation tel que cela a été écrit dans un jugement ?

Si cela est réjouissant pour ceux qui consacre tant d’efforts à mériter la confiance de leurs concitoyens, c’est aussi très inquiétant d’être ainsi jugé sur son passé alors que le droit se réclame des faits. Il existerait un capital juridique de réputation, mobilisable en cas de problème. Mais déjà on parle de justice à deux vitesses. Celle des personnes publiques, exposées aux turpitudes mais respectables. Celle des anonymes, dont les vertus restées discrètes, ne les protègeraient guère des rigueurs de la justice.

Mauvaise querelle !

Car dans le fond, la réputation est présente dans la plupart des décisions de justice concernant des personnes.
En revanche une condamnation sans peine laisse pantois, et en dit long sur l’étrange raisonnement juridique de cette Cour d’exception.

Pino sceptique

déc 15

« Les cons, ça ose tout…c’est même à cela qu’on les reconnaît ! »

Célèbre et si souvent vérifiée, la réplique de Michel Audiard par Lino Ventura dans l’inoubliable chef d’œuvre « les tontons flingueurs », est toujours d’actualité.

Et en période électorale, il faut dire que la « connerie » est au coin de la rue. Pour la plupart des candidats, le concours « ma binette à la télé » est lancé.

Car la connerie peut prendre bien des formes, et elle atteint aussi ceux que l’on croyait jusque là épargnés.

Elle peut prendre des formes douces comme la mauvaise foi, la petite tricherie révélée, le mensonge ou plus cruelle, la trahison.

Par les temps qui courent, chacun veut sauver son courant, son parti, et même la France pour les plus présomptueux. Bref, rassembler, autour d’idées – souvent empruntées –  les français. Avec un mode d’emploi importé : d’abord se déchirer, puis recoudre les morceaux et se partager le gâteau, ou ses miettes.

Et comme le peuple prend goût au spectacle, il rentre dans le jeu, un brin désabusé et ironique.

Le citoyen a appris qu’en politique, se réclamer d’une vertu ou promettre, n’engage que celui qui écoute ; ce qui se vérifie tous les jours du haut en bas de l’échelle des élus ou postulants. Le constat s’applique à de grandes affaires mais aussi au quotidien.

Hier, par exemple, on apprenait que celui qui, pour les Primaires de la gauche, se réclame de l’éthique, n’aurait pas payé ses cotisations ; simple oubli, vite réparé paraît-il …et qui concernerait la plupart des candidats ?

Venu de nulle part (prof de philo en Suisse, pourquoi pas ?)), Vincent Peillon est – sans doute par nature – un monument de contradiction. Pour l’éthique, on l’avait vu avec son ex-ami Montebourg faire le tour des paradis fiscaux pour mieux les dénoncer, sans effet. Son activisme est vite récompensé par un maroquin à l’éducation où peu se souviennent de lui.

Marginalisé, ami de longue date du recasé Pierre Moscovici, il se fait élire député européen. On ne le rencontre pas plus à Bruxelles qu’à Strasbourg, pourtant si proche de la Suisse. Alors que le « besoin » de Peillon pour les Primaires, semble absent dans les dernières semaines, voilà qu’il sort du bois après l’annonce de la candidature de Valls. Une révélation paraît-il …sous la pression amicale de quelques ennemis de l’ancien Premier ministre ?

Bien sûr, la réplique d’Audiard ne saurait s’appliquer à la lettre à ce brillant citoyen. On peut toutefois craindre qu’elle ne se retourne contre les électeurs, à moins qu’ils ne soient de simples gogos.

Pino qui ose

déc 01

Être populiste, c’est dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Le plus dangereux c’est quand être populiste devient populaire. Quand les digues de l’éducation ou de la simple humanité sont rompues.

A quelques dictatures près, les leaders populistes sont venus par les urnes.

Ce qui devrait nous conduire à la plus grande prudence avec le « Grand Turc », par exemple.

Le levier traditionnel du populiste est de proclamer qu’il faut redonner le pouvoir au peuple et sa fierté à la nation.

Bref, réveiller le patriotisme du bon citoyen.

Et, ça marche !

Ça marche d’autant mieux que le danger réel  ou imaginaire est aux frontières et que le ver est dans le fruit.

Le populiste est plus d’autant plus dangereux qu’il affiche rarement la couleur. Pour gratter quelques voix, beaucoup revendiquent la préférence nationale. La promesse minimum, avant de flatter le sentiment national, avec tout ses excès.

Partout, le populisme est en embuscade et ouvre la voie à l’intolérance au mieux, au nationalisme au pire.

Après la générosité centrifuge et sur fond de crise d’identité, le repli est engagé.

En Europe, le Brexit symbolise l’égoïsme des nations, version douce.

En Russie, Chine, Turquie, il se pare de civisme.

Avec le « Make America Great Again », Donald Trump instille le poison!

Dommage pour une si vieille démocratie.

Dommage aussi pour nous car le nationalisme est une maladie contagieuse comme l’histoire nous l’a appris.

L’histoire enseigne aussi qu’à la fin, c’est la démocratie qui gagne.

Pino inquiet

nov 22

Les plus cultivés ou simplement curieux d’entre nous connaissent l’ »effet papillon « .

Ainsi, un fait anodin suffirait à provoquer un événement majeur, par un jeu inattendu de cascades.

L’effet papillon observé en climatologie s’appliquerait-il aussi en politique?

Cela donnerai matière à réflexion aux sondeurs et commentateurs mis à mal ces dernières semaines.

Appliquons-nous à l’exercice sur la Primaire de la droite pour donner un brin de logique a posteriori à des résultats prenant à revers les soi-disants experts.

Le fait générateur du tsunami politique, c’est à dire le papillon, ne serait-il pas tout simplement la négligence du candidat Bruno Le Maire?

Croyant incarner le renouveau en s’abstenant de porter cravate, il s’est mis hors jeu, empruntant l’habit d’un invité, oubliant le statut du candidat. Décrédibilisé dans le premier débat pour ce qui n’aurait pu être qu’une simple faute de goût, il s’est mis sur la touche d’emblée. Alors qu’il devançait François Fillon pour une modeste troisième place, il lui a ouvert un boulevard!

Encouragé par des sondages plus flatteurs, l’ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy s’est permis dans le second débat de contredire son ancien patron. Et comme on ne s’affirme vraiment qu’en s’opposant, il est apparu clairement comme un vrai challenger.

Trop sûr de lui, limite arrogant, Juppé n’a rien vu venir et l’a joué tranquille dans le troisième débat. Focalisé sur Nicolas Sarkozy, il a sous-estimé celui qui se montrait le plus pugnace. Il n’en fallait pas plus pour faire basculer les « anti-Sarko » du mollasson Juppé à celui qui voulait en découdre. Il ne suffit pas de revendiquer la « confiance », il faut aussi afficher sa « volonté ».

Les médias ont fait le reste; en rajoutant au besoin!

Ce qui n’aurait pu être qu’une défaite est devenu en quelques jours une déconfiture.

Tout cela pour un col ouvert et une pointe de mépris.

L’effet papillon simplement.

Merci Bruno Le Maire pour cette négligence.

Pino étonné