nov 29

Parmi nos moteurs les plus puissants on trouve peu de vertus.

En revanche, l’argent, le sexe ou le pouvoir, quelquefois réunis, occupent une place de choix. Le souci de sa gloire, sa réputation,  est réservé à un petit nombre, même si chacun d’entre nous souhaiterait laisser une trace, plutôt favorable, dans la petite histoire de nos familles, amitiés, professions. Bien sûr ce n’est pas un ressort ; juste un souci de ne pas décevoir le regard de nos proches.

Chez les hommes politiques, le souci s’exaspère, devient obsédant, pour le meilleur et pour le pire, car il s’agit de l’Histoire, celle d’un village qui accueillera une place à notre nom, voire une statue, un monument, celle aussi du pays, du monde, pour entrer dans les livres. L’homme politique contemporain pressent que les posts , tweets et autres messages numériques n’impriment pas les mémoires ; il y faut le sceau de l’écrit et de l’image. Napoléon l’avait bien compris, qui, dans les brumes de Sainte Hélène, se résolut à écrire le vécu de son action. De Gaulle ou Churchill firent de même avec talent et sincérité sans doute. L’exercice fût d’autant moins difficile que le récit se fondait sur l’action. La réputation s’établit d’autant mieux que l’on a été au cœur des choses, que le temps a consacré la réalité visible et que de mauvais esprits n’ont pas trop travesti la réalité du moment.

L’exercice se complique lorsqu’il y a peu à conter ou raconter.

Ceci explique sans doute la foison d’ouvrages médiocres qui, faute d’actions déterminantes, relatent les anecdotes qui ne font que banaliser nos élus. Au lieu de les « présidentialiser » (mot curieux), il les rapprochent du peuple sous nos cotés les plus affligeants.

Et lorsque les commentateurs sont défaillants, alors le sujet, devenu objet, dicte à des journalistes consciencieux, ce qu’il aimerait que l’on croit. Jeu de dupes pour chacun. Fasciné par sa propre démarche, le candidat à la postérité oublie simplement la liberté du lecteur dont l’opinion fera un citoyen heureusement critique, souvent caustique. Quant à l’auteur, les miettes de bruit et d’argent adouciront la perception de sa complaisance.

Mais une image en chasse une autre, une nouvelle en remplace une autre ; ne restent que les actes, qui eux fondent la réputation, bien difficile à acquérir en ces temps d’impatience.

L’absence de culture, ou son oubli, ouvrent la voie, de part et d’autres de l’océan, à bien des petitesses.

Dans l’Art de la prudence, le jésuite espagnol Balthasar Gracian écrivait ce que Jacques Pilhan a justement professé au Phénix François Mitterrand : « Une nouveauté médiocre l’emporte d’ordinaire sur la plus haute excellence qui commence à vieillir. Il est donc besoin de renaître en valeur, en esprit, en fortune, en toutes choses, et de montrer toujours de nouvelles beautés, comme le fait le Soleil, qui change si souvent d’horizon et de théâtre, afin que la privation le fasse désirer quand il se couche, et que la nouveauté le fasse admirer quand il se lève. »

JPP

nov 17

On a cru longtemps dans notre vieux pays qu’accéder à la réputation supposait talent, travail et du temps pour dépasser la simple notoriété ou l’image d’un moment. La réputation serait ainsi un regard social, un jugement plus ou moins bienveillant suivant la morale en cours.

Comment alors expliquer que deux petites années aient suffi à Emmanuel Macron pour bousculer les étapes et acquérir la réputation de Président de la République qui a fait défaut à son prédécesseur ?

Le Talent, il n’en manque pas. Hollande était plus habile, limite combinard, que fin politique. 9 mois avant l’élection il flirtait avec les 3% d’intentions de vote, avant de rafler la mise par défaut.

9 mois avant l’élection, Macron créait le mouvement « En marche », dans l’enthousiasme et peu de crédit. Plombés par leurs idéologies, leurs querelles, les vieux partis se sont disqualifiés et ont ouvert un boulevard.

Macron est devenu le chouchou des medias et Mélenchon, celui de la rue…pour un temps.

Dans la pagaille, le choix est devenu évidence.

Elu, il préfère l’image à la parole, demande à ses ministres d’expliquer, se réservant celui de diriger, d’avancer à marche forcée, d’être là où on ne l’attend pas et de faire ce qu’on ne croyait pas qu’il ferait. Un moment déboussolés, les journalistes se sont sentis réduits au commentaire. Bien sûr, il y a eu quelques maladresses qui ont suscité un bavardage médiatique rappelant les ex.

Aujourd’hui, les louanges sont partagées devant un président qui maîtrise l’effet miroir de la couverture du Time, ose parler « vrai » aux grands de ce monde, rappelle le rôle de la France sur la scène internationale, invite à Paris un Premier Ministre libanais semi-otage…Président des riches, sans doute et sans surprise, transgressif annoncé, il bouscule, prend le haut de la vague et surfe sur les bonnes nouvelles économiques et même sportives (JO, rugby,…), même s’il n’y est pas pour grand chose !

Pourvu que ça dure

Pino étonné

oct 31

On peut séduire de multiples façons.

On peut soulever l’intérêt, voire l’enthousiasme, susciter le doute, créer le désir sans pour autant convaincre.
On peut ainsi être choisi par défaut, faute de combattants  (ou excès !) crédibles.

Mais la plupart du temps, ceux qui choisissent cette voie, qui suppose talent et opportunisme, bénéficient d’un minimum de notoriété, voire d’un brin de réputation de la fonction convoitée.

Dans la vie artistique, l’explosion d’un talent et sa reconnaissance publique est aussi fréquente que la descente aux enfers qui la suit. Les medias « chauds » ne font aucun cadeau. Leur appétit d’ogre veut de la chaire fraiche pour un public infidèle à ses idoles.

Dans la vie quotidienne, ces mêmes medias – accessibles à tous – peuvent donner l’illusion de nous sortir de l’anonymat, un moment. La plupart y cèdent pour « rester dans le coup » ; sans conviction.

Dans la vie politique, reflet d’une société impatiente et crédule, on confie désormais son destin à de nouveaux venus dans ce monde de grands carnassiers. La jeunesse ou l’inexpérience devient avantage et les nouveaux venus n’ont pas les casseroles traditionnelles des vieux routiers. Tant mieux, sans doute.

Faute de réputation dans l’exercice du pouvoir, il y a urgence pour le public – et leurs adversaires – à les « classer », les mettre dans un « ghetto » de perception dont il sera bien difficile de sortir.

Certain affiche une pensée « complexe ». Il faudra simplifier. Alors ce sera plus commode de le brocarder comme président des « riches » alors qu’il ne fait que tenter de recoller notre fiscalité à celle de pays « mieux portants ».

Tel autre, habile bonimenteur, richissime après de multiples faillites, roi des démagogues, qui affirme au quotidien la toute puissance de son pays, flattant les uns et promettant aux autres l’intenable, échappe à tout qualificatif. Alors, il sera le président « imprévisible »…et sa pathétique réputation se bâtit ainsi.

A la fin de leurs mandats, ils auront ainsi – a posteriori – une réputation de Président.

Au lieu de se fonder sur un passé (avec le succès que l’on sait pour nos derniers présidents qui promettaient tant !), les électeurs font désormais des paris. Sur l’intelligence dans un cas, le populisme dans l’autre.

Imputer ce changement aux nouveaux medias serait inexact car il y a bien des « heures de vérité » dans les débats qui opposent les candidats. Il y a des moments de révélation des insuffisances, des personnalités, des faux talents…

Etre un bon acteur ne suffit pas mais peut largement aider des personnages aux accents de télé-évangélistes, vendeurs de rêve.

Etre volontariste, surfer sur le mécontentement naturel ou les peurs des électeurs, ne suffit pas à compenser une évidente incompétence.

Sans oublier que pour être l’ « élu », il faut aussi être là au bon moment, exploiter les erreurs de ses concurrents et un peu de chance !

Pour la réputation, tant pis, on verra plus tard.

Pino chagrin

sept 03

Faute de s’être bâti une réputation, le jeune Président additionne les images « sous contrôle ».

Il est vrai que la réputation se construit largement sur des images qui, mises bout à bout, deviennent le film.

Encore faut-il pour assurer le succès un scénario qui souligne l’intention ? Etre auteur et acteur ne garantit pas non plus la cohérence de l’ensemble !

Le succès dépend aussi de la force de quelques images, moments de vérité ( ?), et de leur résonnance, fruit de la rencontre entre l’éthique affichée et la morale du moment.

Sur la scène publique, le Président, acteur plus séduisant que convaincant, a choisi de bâtir sa réputation à marche forcée sur le terrain glissant de la raison. En l’absence de concurrents crédibles et bénéficiant d’un moment faible de la vie politique, il vit aujourd’hui à crédit.

Entrer dans l’action est pour Emmanuel Macron une urgence absolue.

Le problème avec le crédit est qu’il nous rattrape souvent et que la confiance acquise au travers des mots et des images est bien fragile.

La moindre fausse note suscite le doute.

Les américains ont coutume de dire « reputation gives you a second chance ». En traversant l’Atlantique, il faut ajouter au dicton la nécessité d’avoir auparavant construit un « socle de confiance » qui emporte l’indulgence dans les mauvaises passes.

Le Président est conscient de cette urgence. Il l’est sans doute moins de ce que l’isolement naturel à la fonction doit conduire à s’entourer de moins d’obligés que de vrais talents.

Etre un obligé induit à plus ou moins long terme un besoin d’indépendance, porte ouverte à la trahison. La reconnaissance est un sentiment très peu partagé. Une relecture critique de l’histoire de France devrait éclairer le nouveau locataire de l’Elysée.

L’éloignement « institutionnel » est interprété comme du mépris ; ce qui libère les ambitions des nouveaux collaborateurs.

De Gaulle disait que « les français sont des veaux », mais personne n’a jamais douté qu’il aimait la France et finalement les français. Le Général était d’abord un homme d’action à la parole forte.

Emmanuel Macron a mis la barre très haut. Devant la réalité, il lui faudra en rabattre et aussi consacrer davantage d’énergie à redresser le pays, profitant d’une aura vite acquise et sans doute méritée, que de cultiver un personnage qui l’éloigne du citoyen.

A l’affût du moindre faux pas, les journalistes et commentateurs ne manqueront pas de lui présenter l’addition !

Faute de réputation, son crédit est à court terme.

Pino séduit, mais pas encore convaincu

juin 07

Une juxtaposition d’images sympathiques, avec ces quelques mots un brin méprisants, l’ex Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, explique le succès de la communication d’Emmanuel Macron.

Bien vu, mais au travers de ce raccourci ironique, l’éphémère Premier Ministre oublie que l’essentiel n’est pas dans la médiatisation ou les réseaux.

Ceux-ci multiplient, amplifient le message et accélèrent la diffusion des images. Encore faut-il que celles-ci produisent un écho, qu’elles entrent en résonance avec des attentes dont le citoyen est porteur ? Pour cela, il faut non pas juxtaposer ou additionner mais ordonner ces images dans un scénario qui parle à son public.

On comprend la jalousie d’un ministre au talent réel mais limité au rôle de « premier flic de France », qui s’est progressivement enfermé dans une réputation de croque-mort. Réputation qu’habilement le nouveau Président loue à bon compte et à durée limitée.

A propos de réputation, on ne peut que s’étonner de la rapidité avec laquelle, Emmanuel Macron, s’est bâti une réputation de Président de la République.

On a coutume d’écrire que pour bâtir une réputation, il faut du talent, du travail et du temps.

Peu d’exceptions existent et lorsqu’on peut les relever dans l’histoire, le talent croise des circonstances exceptionnelles.

Sans doute sommes-nous dans un cas assez proche ? Le peuple, fatigué des vieilles ficelles et promesses, se tourne vers l’homme plus neuf que providentiel.

S’y ajoute que pour se créer une notoriété et une image, nous ne sommes plus à l’heure de la diligence. La révolution numérique a ses bons et mauvais cotés et les nouvelles se diffusent plus vite.

S’y ajoute aussi que lorsque les journalistes s’ennuient, qu’ils prévoient une campagne bien fade, l’arrivée d’un nouveau venu, plutôt surdoué, est une aubaine !

S’y ajoute enfin que, lorsqu’on vient du diable Vauvert, il faut un peu de chance et les multiples maladresses des concurrents feront l’appoint.

Les ingrédients étaient donc là, le contexte aussi…et la « dynamique » (comme disent les sondeurs) créera le phénomène « macromania », car il faut bien qualifier – a posteriori – ce qui vous échappe et que l’on n’a su anticiper.

Mais il faut aussi convenir, que nos raisonnements (et non certitudes), y compris en matière du rôle de la réputation dans la réussite politique, demandent un sérieux rafraichissement.

On peut aussi se consoler intellectuellement en plaidant que dans la combinaison des 3T (talent-travail-temps), le vrai moteur de la réputation est le talent, ce qui n’est qu’évidence.

Soyons beaux joueurs, nous n’avons rien vu venir !

Pino amusé

déc 21

On savait que la réputation faisait partie de notre patrimoine.

Que constituée en valorisant nos talents, grands ou petits, avec patience et quelquefois habileté, elle s’inscrit dans la mémoire longue de la société.

Que se gardant du bruit et de la confusion, elle se bâtit davantage sur des faits que des images.

Qu’elle se fonde davantage sur la raison que l’émotion, sans pouvoir s’en soustraire.

On a cru un moment que les medias et réseaux faisaient le jugement de nos contemporains.

Et pourtant, force est de constater que les efforts pour construire une solide réputation se soldent par de vrais dividendes.

En Bourse, bien sûr, comme le démontrent de longue date l’Observatoire de la réputation, avec le reputation index, ou le Reputation Institute avec son classement des « most admired companies », classées par Fortune sur le critère de leur réputation.

Mais l’actualité rejoint nos réflexions, avec la décision de la Cour de Justice de la République qui condamne Christine Lagarde pour sa « négligence » mais ne prononce pas de peine, en raison de sa bonne réputation !… Et le gouvernement français lui renouvelle sa confiance dans l’heure qui suit le prononcé du jugement.

Que Christine Lagarde ait bonne réputation tant en France qu’à l’étranger ne fait aucun doute. Qu’elle participe à la « bonne » réputation de la France en présidant l’une des organisations internationales les plus puissantes du monde est une évidence. Qu’elle ait été manipulée ou se soit montrée naïve est plus que probable. Mais comment expliquer qu’en l’espèce, l’ancienne Ministre ait été sauvée par sa réputation tel que cela a été écrit dans un jugement ?

Si cela est réjouissant pour ceux qui consacre tant d’efforts à mériter la confiance de leurs concitoyens, c’est aussi très inquiétant d’être ainsi jugé sur son passé alors que le droit se réclame des faits. Il existerait un capital juridique de réputation, mobilisable en cas de problème. Mais déjà on parle de justice à deux vitesses. Celle des personnes publiques, exposées aux turpitudes mais respectables. Celle des anonymes, dont les vertus restées discrètes, ne les protègeraient guère des rigueurs de la justice.

Mauvaise querelle !

Car dans le fond, la réputation est présente dans la plupart des décisions de justice concernant des personnes.
En revanche une condamnation sans peine laisse pantois, et en dit long sur l’étrange raisonnement juridique de cette Cour d’exception.

Pino sceptique

sept 04

Le paradoxe de la réputation d’un Président.

Parmi les multiples qualités que l’on souhaite voir incarner par un Président de la République, l’honnêteté figure naturellement au premier plan, avec, bien sûr, l’autorité nécessaire au père de la nation, surtout dans la tempête.

L’observation des élections suprêmes dans la grande majorité des pays, y compris les ténors de ce monde, montre qu’il y de l’espace entre la déclaration du citoyen et son comportement.

Un peu d’histoire électorale de la Vème République éclaire aussi ce paradoxe largement partagé.

En 2002, un sondage place en tête des qualités attendues d’un président, l’honnêteté. Une autre question classait les candidats sur ce critère et, en fin de peloton, on retrouvait Jacques Chirac, présumé innocent.

Que croyez-vous qu’il advint ?

Jacques Chirac fut élu, avant d’être condamné au terme de son mandat pour « abus », et d’être le président préféré des français. Bien sûr, il ne s’agissait que de broutilles. Rien à voir avec les détournements d’hommes et femmes politiques africains ou d’Amérique du Sud, ou même russes.

Bref, il ne faut guère se fier à ces sondages qui mélangent morale affichée et éthique pragmatique. On n’est pas obligé de respecter pour faire confiance et donner les clés de sa maison. Surtout en période difficile.

Pour beaucoup, le principal est plus dans la promesse que dans celui qui l’énonce.

Ainsi de François Hollande dont les promesses ne sont que la caricature du mensonge politique. Faire rêver d’un monde meilleur est un talent de bonimenteur, et non de menteur en politique.

L’actualité est l’interrogation sur la candidature d’Emmanuel Macron.

Au cours de la Vème République, tous les présidents avaient en se présentant, une véritable réputation de Président forgée avec le temps, l’expérience et le talent.

A bien y regarder, à part un vrai talent, Macron ne semble pas répondre aux autres critères.

Au pays de Voltaire, son expérience paraît un peu courte,…et même discutable.

Les plus sévères à gauche soulignent même que « sa » grande réforme se résume à quelques bus et dimanches d’ouverture, et que la révolution numérique qu’il revendique doit beaucoup à Fleur Pellerin.

Le temps pourrait jouer pour lui. La France rêve toujours d’un Kennedy français. Nous avons eu Giscard, mais celui-ci a fait défaut ; du gâchis !

Mais revenons à l’honnêteté. Le calcul de François Hollande, plutôt un souhait, est de se confronter à Nicolas Sarkozy au second tour. Un souhait largement partagé par l’ex-président, sur le fil du rasoir judiciaire…Encore faudrait-il qu’ils soient au second tour ?

Le pire, pour le pays, est d’avoir « des » présidents élus par défaut et l’actualité ne rend guère enthousiaste.

Pino compréhensif

août 16

Depuis bientôt 20 ans, Simone Veil occupe les premiers rangs parmi les « personnalités préférées » des français et s’inscrit dans  notre « mémoire longue », à juste titre.

Souvent en tête du Top 50 du JDD, elle fut – au gré des événements –  rejointe par des chanteurs, sportifs, artistes, mais jamais par des   »politiques », que l’on retrouve plutôt au fond de la classe.

Lorsque Yannick Noah est « préféré », il faut certainement y voir le succès de la chanson de l’été « Saga Africa » et le souvenir d’une brillante carrière de tennisman et d’entraîneur.

Citoyen fiscal suisse, Noah est d’abord populaire.

Jean-Jacques Goldman, personnalité préférée en 2015, est certes populaire, talentueux et discret, mais ce qui a surtout forcé l’admiration et le respect était son engagement dans les « Restos du Cœur ». Chapeau et merci l’artiste.

L’arrivée d’Omar Sy en tête du palmarès de l’été 2016, interpelle davantage non sur le résultat, image et non réputation, mais sur la méthode.

Rien à voir avec le talent plébiscité de l’acteur, probablement très sympathique, qui a choisi de faire carrière à Hollywood.

En revanche, on peut s’interroger sur la fiabilité d’un sondage qui propose une liste « fermée » de personnalités choisies suivant les caprices des sondeurs. 50 noms, avec quelques nouveaux chaque année, en fonction de la mode, des événements, bref de l’actualité.

Ainsi Emmanuel Macron fait-il son entrée au 50ème rang,…une place derrière Alain Juppé?

Il est vrai que le Ministre de l’Economie et des Finances figure parmi les personnalités politiques préférées des français, loin devant François Hollande, qui sort du Top 50.

Que de contradictions entre les experts!

La plupart tiennent aux questions posées par les différents instituts, au contexte, aux concurrents en lice, et à l’humeur du jour des français.

Il reste que la formidable réputation de Simone Veil, fondée sur le courage et l’engagement, assure une continuité dans la reconnaissance. Respectée plus que populaire, attachée à de vraies valeurs, c’est sans doute ce qui explique le mieux la place « à part » qu’elle occupe dans le cœur et la mémoire des français.

Pino curieux

mar 27

Pour bâtir une réputation il faut du talent, bien sûr, du travail et du temps.

S’agissant d’une réputation de Président, le temps peut être compensé par l’argent mobilisé par le candidat ou ses amis, nombreux ou puissants. Mais, quelle que soit la mise, elle ne remplace pas la résonnance des idées avec celles de l’opinion du moment.

Avec JFK, Bill Clinton et plus récemment Barack Obama, la force des idées se fondait sur le « rêve américain ». Et le monde d’espérer !

Avec la plupart des candidats actuels, il se fonde sur le repli et la peur, pour garder son statut individuel ou collectif. Et le nationalisme de se réveiller.

Dans la vieille Europe – caricaturalement en France – et s’agissant toujours de la réputation du Président, on fait davantage confiance au temps qu’au talent. On préfère une promesse, même implicite, de médiocrité, à l’aventure des idées.

La clé du succès électoral est de s’engager à préserver notre modèle social.

Le pays berceau de la révolution est le seul à avoir inscrit le principe de précaution dans sa constitution !

Pour « un » Emmanuel Macron, critiqué par son camp pour n’être pas du sérail politique, on ne rencontre que des routiers de la politique blanchis sur les bancs du syndicalisme étudiant et recasés, embourgeoisés par le « système ». Il est vrai que les réussites de ministres venant de la société civil ne sont pas légions. Aux Finances, certains disent que Thierry Breton ou Christine Lagarde s’en seraient plutôt bien « tirés » ; en tout cas mieux que Francis Mer, plein de certitudes, n’écoutant personne et empêtré dans ses propres réseaux patronaux. En réalité, ils n’ont été bien souvent que des alibis dans un monde de « professionnels », peu enclin à la fraternité. Les ouvertures de Giscard, les Juppettes, les Sarkozettes, et même les récentes nominations du gouvernement Valls 2, tiennent plus de la combinaison que d’une équipe de combat. De toutes façon, il y aura toujours « des » Placé, qui ne sont des « poils à gratter », pour rêver d’un maroquin et vendre leur âme au diable ; peu importe la couleur !

Mais revenons à l’ouvrage de Theodore White, The making of the President.

Machiavel est la référence sur les tactiques et stratégies pour garder et renforcer son pouvoir. White est clairement la référence d’aujourd’hui, pour qui veut le conquérir. Ecrit en 1960, le livre du journaliste, raconte au travers de la campagne de JFK, ce qu’est une campagne multimedia moderne pour conquérir le pouvoir lorsqu’on est intelligent, séduisant, plein de charisme et d’argent. Mais le livre illustre surtout la force d’une idée plus que d’une promesse. Lorsque l’idée rencontre l’opinion, la rumeur verbale, sociale ou numérique fait le reste. La promesse inquiète de plus en plus. A juste titre. Il faut y mettre les moyens, humains et financiers pour la soutenir, surtout si le passé la contredit. Bien sûr, on peut comme en France, faire du neuf avec du vieux. Mais en regardant autour de nous, c’est plutôt avec du neuf, et peu d’occasion, qu’on voit nos voisins redresser la barre, puis la tête.

Mas après tout, rien n’est joué, et il est probable qu’en France ce sera plus avec du courage que de l’argent (surtout celui des autres) que l’on fera bouger les choses.

Pino agaçé

déc 13
Le Général de Gaulle avait voulu que la responsabilité suprême de la nation soit exercée par un homme qui ait une relation singulière avec les français.

C’est l’esprit de la Vème République et très peu son vécu.
A part le général, aucun Président ne peut revendiquer cette proximité. Nos présidents sont tous des hommes de parti.
Mitterrand fut sans doute celui qui incarna le mieux l’alternance politique, avant, raison oblige, de se mettre au service des français et de marginaliser son propre parti. La première guerre d’Irak fut pour lui l’opportunité de revendiquer le statut d’homme d’Etat.
Les conflits rassemblent et c’est dans le danger que l’on reconnaît les leaders et leur attribue un statut qui dépasse les urnes et les clivages.
Chirac en s’opposant à Georges Bush s’affirma comme un homme d’Etat, malgré un bilan national plutôt maigre. A l’observation, nos présidents ne sont pas vraiment des « va t’en guerre ». Leur appréciation de l’intérêt du pays prend le pas sur le calcul; faisons leur au moins ce crédit. Il n’empêche que le meilleur moyen de se créer une réputation d’homme d’Etat est d’apparaître en Chef de guerre, quelle qu’elle soit.
Au-delà de la réalité du danger, c’est la mise en scène du rôle de chef, qui installe la fonction et peut-être le statut.
Etre perçu comme un homme d’Etat ne manque pas d’avantages. Celui-ci ne s’occupe pas du quotidien. Il a une vision, prépare l’avenir et ne saurait être jugé sur ses résultats à court terme. Comment lui faire grief d’avoir oublié la plupart de ses promesses? Faute de s’occuper des français, il est en charge de la France, de sa place dans l’histoire et dans le monde.
Cultivé et habile, François Hollande connaît bien l’histoire de France. La chance l’a porté à l’Elysée. Nos malheurs le remettent en scène. Et il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître qu’il est à la hauteur de la fonction, s’agissant de la France. Ses efforts, complaisamment mis en image et commentés, soulignent ses récents engagements, mieux tenus que ses promesses.
Homme d’Etat, il ferme la porte à toute velléité dans son propre camp et rend dérisoires les querelles de ses adversaires politiques.
Il s’est présenté comme un « président normal », et s’épanouit dans les difficultés. Celles du quotidien se conjuguent au présent et au futur immédiat, et malgré les coups de menton, les « déclarations de guerre » tardives au chômage, les électeurs constatent la désolante réalité de leur situation.
Le capital réputation de François Hollande se construit hors frontières, mais continue de se dégrader sur le terrain.
A suivre, sans cynisme.
Pino