déc 06

Au-delà de la notoriété et de la réputation, il y a la légende puis le mythe.

Contrairement à la réputation, regard social fondé sur les valeurs de l’époque, le mythe ne repose sur aucun jugement, il ne « mesure » (« reputare ») pas, il s’inscrit dans le temps, ouvre les portes de l’Histoire.

A chaque siècle et dans chaque activité, la dimension mythique ne retient que peu de sujets.

La force d’un mythe vient souvent du mystère qui entoure l’élu et de la dévotion qu’il suscite. Alors qu’une star se décode en partie au travers de ses actes, le mythe étonne, surprend, captive. Le mythe n’a pas de fans, il a des adeptes.

Il n’y a pas de mythe sans parcours tragique!

Marylin Monroé ou James Dean n’auraient probablement été que de simples stars si le destin n’en avait décidé autrement.

Johnny Hallyday les a rejoint aujourd’hui, auprès d’Elvis Presley, dans la légende.

Il faut remonter à l’Antiquité pour, mystère et obscurité aidant, poètes complaisants aussi, que les grandes figures deviennent des mythes.

On parle aussi de marques mythiques, avec un respect quasi-religieux. Chanel et probablement Dior, signent leur siècle en lettres d’or, sur fond de parcours tragique.

Dans le monde religieux des motards, les marques stars côtoient les mythes italiens et américains.

L’histoire d’Harley Davidson est exemplaire. Marque centenaire, HD a bien du mal à passer les années 50. Faillite à l’américaine et reprise par un fond malin, qui renifle la pépite.

Il y a un côté cannibale chez les repreneurs d’un mythe. La croyance est toujours présente et on s’achète à bon compte du talent, de la vitalité.

Mais l’histoire se termine bien, et aujourd’hui la famille Davidson est revenue au guidon.

Avec « notre » motard du blues, on a chanté, rêvé, vécu par procuration, mais c’est l’Histoire qui décidera si la désormais légende deviendra mythe.

Pino motard

nov 29

Parmi nos moteurs les plus puissants on trouve peu de vertus.

En revanche, l’argent, le sexe ou le pouvoir, quelquefois réunis, occupent une place de choix. Le souci de sa gloire, sa réputation,  est réservé à un petit nombre, même si chacun d’entre nous souhaiterait laisser une trace, plutôt favorable, dans la petite histoire de nos familles, amitiés, professions. Bien sûr ce n’est pas un ressort ; juste un souci de ne pas décevoir le regard de nos proches.

Chez les hommes politiques, le souci s’exaspère, devient obsédant, pour le meilleur et pour le pire, car il s’agit de l’Histoire, celle d’un village qui accueillera une place à notre nom, voire une statue, un monument, celle aussi du pays, du monde, pour entrer dans les livres. L’homme politique contemporain pressent que les posts , tweets et autres messages numériques n’impriment pas les mémoires ; il y faut le sceau de l’écrit et de l’image. Napoléon l’avait bien compris, qui, dans les brumes de Sainte Hélène, se résolut à écrire le vécu de son action. De Gaulle ou Churchill firent de même avec talent et sincérité sans doute. L’exercice fût d’autant moins difficile que le récit se fondait sur l’action. La réputation s’établit d’autant mieux que l’on a été au cœur des choses, que le temps a consacré la réalité visible et que de mauvais esprits n’ont pas trop travesti la réalité du moment.

L’exercice se complique lorsqu’il y a peu à conter ou raconter.

Ceci explique sans doute la foison d’ouvrages médiocres qui, faute d’actions déterminantes, relatent les anecdotes qui ne font que banaliser nos élus. Au lieu de les « présidentialiser » (mot curieux), il les rapprochent du peuple sous nos cotés les plus affligeants.

Et lorsque les commentateurs sont défaillants, alors le sujet, devenu objet, dicte à des journalistes consciencieux, ce qu’il aimerait que l’on croit. Jeu de dupes pour chacun. Fasciné par sa propre démarche, le candidat à la postérité oublie simplement la liberté du lecteur dont l’opinion fera un citoyen heureusement critique, souvent caustique. Quant à l’auteur, les miettes de bruit et d’argent adouciront la perception de sa complaisance.

Mais une image en chasse une autre, une nouvelle en remplace une autre ; ne restent que les actes, qui eux fondent la réputation, bien difficile à acquérir en ces temps d’impatience.

L’absence de culture, ou son oubli, ouvrent la voie, de part et d’autres de l’océan, à bien des petitesses.

Dans l’Art de la prudence, le jésuite espagnol Balthasar Gracian écrivait ce que Jacques Pilhan a justement professé au Phénix François Mitterrand : « Une nouveauté médiocre l’emporte d’ordinaire sur la plus haute excellence qui commence à vieillir. Il est donc besoin de renaître en valeur, en esprit, en fortune, en toutes choses, et de montrer toujours de nouvelles beautés, comme le fait le Soleil, qui change si souvent d’horizon et de théâtre, afin que la privation le fasse désirer quand il se couche, et que la nouveauté le fasse admirer quand il se lève. »

JPP

mar 10

Alors que les réputations usurpées se dévoilent et se dénoncent, que beaucoup se sentent trahis, qu’affirmer une conviction soulève le doute, il est bon de retrouver un peu de fraîcheur en s’attardant sur le passé.
Les réputations de nos contemporains se confrontent aux rumeurs véhiculées complaisamment par les mauvaises langues ou les bonnes âmes. Pour maquiller l’intention de détruire on parle de post-vérité. Après le principe de précaution, le principe de suspicion influence nos jugements.

A qui se fier?

Il est vrai que l’actualité éclaire douloureusement la question. Il est vrai aussi que s’en remettre à la réputation relève plus souvent de la facilité que de l’analyse critique. Mais il est tout aussi vrai qu’entre l’aventure et la promesse, quelquefois fallacieuse, qu’apporte la réputation, celle-ci engendre moins de déceptions.

Laissons de côté l’actualité politique largement commentée!
Regardons plutôt la légende et au delà le mythe qui la nourrit souvent.

Une marque, au contraire de bien des hommes publics ne peut bâtir sa réputation dans le mensonge. Le Tribunal du Marché est plus exigeant que celui de l’Opinion et moins versatile que les médias qui préfèrent trop souvent l’écume. Lorsqu’une marque est prise en flagrant délit, la sanction morale rejoint celle du marché et au besoin de la justice. Elle se défend mais ne se dérobe pas, car il lui faut être au rendez-vous tous les jours et non à de simples échéances.

Il y a même des marques qui ne mentent jamais.
Chacun en connaît dans son univers.
Dans la beauté, le luxe, les vins, les voitures ou les motos, par exemple. Leur promesse est rassurante.
Mythiques par leur histoire, elles nous font partager un imaginaire. Le mythe n’a pas de religion normée, ni de pays. Il crée un « entre soi ». On s’y reconnaît, se retrouve en confiance. La Ford T est un mythe tout comme la Harley-Davidson aujourd’hui. Nul besoin de littérature pour promouvoir les valeurs de la Harley, la liberté bien sûr, la solidarité aussi lorsqu’on entre dans la famille étroite des passionnés.

L’histoire parle pour ces marques mythiques.

La petite histoire parle aussi, hélas, pour beaucoup de nos hommes publics.

Pino, « on the  road again »

déc 21

On savait que la réputation faisait partie de notre patrimoine.

Que constituée en valorisant nos talents, grands ou petits, avec patience et quelquefois habileté, elle s’inscrit dans la mémoire longue de la société.

Que se gardant du bruit et de la confusion, elle se bâtit davantage sur des faits que des images.

Qu’elle se fonde davantage sur la raison que l’émotion, sans pouvoir s’en soustraire.

On a cru un moment que les medias et réseaux faisaient le jugement de nos contemporains.

Et pourtant, force est de constater que les efforts pour construire une solide réputation se soldent par de vrais dividendes.

En Bourse, bien sûr, comme le démontrent de longue date l’Observatoire de la réputation, avec le reputation index, ou le Reputation Institute avec son classement des « most admired companies », classées par Fortune sur le critère de leur réputation.

Mais l’actualité rejoint nos réflexions, avec la décision de la Cour de Justice de la République qui condamne Christine Lagarde pour sa « négligence » mais ne prononce pas de peine, en raison de sa bonne réputation !… Et le gouvernement français lui renouvelle sa confiance dans l’heure qui suit le prononcé du jugement.

Que Christine Lagarde ait bonne réputation tant en France qu’à l’étranger ne fait aucun doute. Qu’elle participe à la « bonne » réputation de la France en présidant l’une des organisations internationales les plus puissantes du monde est une évidence. Qu’elle ait été manipulée ou se soit montrée naïve est plus que probable. Mais comment expliquer qu’en l’espèce, l’ancienne Ministre ait été sauvée par sa réputation tel que cela a été écrit dans un jugement ?

Si cela est réjouissant pour ceux qui consacre tant d’efforts à mériter la confiance de leurs concitoyens, c’est aussi très inquiétant d’être ainsi jugé sur son passé alors que le droit se réclame des faits. Il existerait un capital juridique de réputation, mobilisable en cas de problème. Mais déjà on parle de justice à deux vitesses. Celle des personnes publiques, exposées aux turpitudes mais respectables. Celle des anonymes, dont les vertus restées discrètes, ne les protègeraient guère des rigueurs de la justice.

Mauvaise querelle !

Car dans le fond, la réputation est présente dans la plupart des décisions de justice concernant des personnes.
En revanche une condamnation sans peine laisse pantois, et en dit long sur l’étrange raisonnement juridique de cette Cour d’exception.

Pino sceptique

août 16

Depuis bientôt 20 ans, Simone Veil occupe les premiers rangs parmi les « personnalités préférées » des français et s’inscrit dans  notre « mémoire longue », à juste titre.

Souvent en tête du Top 50 du JDD, elle fut – au gré des événements –  rejointe par des chanteurs, sportifs, artistes, mais jamais par des   »politiques », que l’on retrouve plutôt au fond de la classe.

Lorsque Yannick Noah est « préféré », il faut certainement y voir le succès de la chanson de l’été « Saga Africa » et le souvenir d’une brillante carrière de tennisman et d’entraîneur.

Citoyen fiscal suisse, Noah est d’abord populaire.

Jean-Jacques Goldman, personnalité préférée en 2015, est certes populaire, talentueux et discret, mais ce qui a surtout forcé l’admiration et le respect était son engagement dans les « Restos du Cœur ». Chapeau et merci l’artiste.

L’arrivée d’Omar Sy en tête du palmarès de l’été 2016, interpelle davantage non sur le résultat, image et non réputation, mais sur la méthode.

Rien à voir avec le talent plébiscité de l’acteur, probablement très sympathique, qui a choisi de faire carrière à Hollywood.

En revanche, on peut s’interroger sur la fiabilité d’un sondage qui propose une liste « fermée » de personnalités choisies suivant les caprices des sondeurs. 50 noms, avec quelques nouveaux chaque année, en fonction de la mode, des événements, bref de l’actualité.

Ainsi Emmanuel Macron fait-il son entrée au 50ème rang,…une place derrière Alain Juppé?

Il est vrai que le Ministre de l’Economie et des Finances figure parmi les personnalités politiques préférées des français, loin devant François Hollande, qui sort du Top 50.

Que de contradictions entre les experts!

La plupart tiennent aux questions posées par les différents instituts, au contexte, aux concurrents en lice, et à l’humeur du jour des français.

Il reste que la formidable réputation de Simone Veil, fondée sur le courage et l’engagement, assure une continuité dans la reconnaissance. Respectée plus que populaire, attachée à de vraies valeurs, c’est sans doute ce qui explique le mieux la place « à part » qu’elle occupe dans le cœur et la mémoire des français.

Pino curieux

déc 12

Le jugement du Tribunal de l’Opinion est bien différent de celui de la Justice ou des commentaires ironiques des medias ou réseaux sociaux. Il y a un temps pour chacun.

Lorsque la Justice se prononce pour « mettre en examen » ou énoncer une décision, il y a belle lurette que le citoyen se sera forgé son opinion, guidée habilement par les commentaires des journalistes sur les propos désintéressés de politiques et experts de tout poil. Entretemps, chacun sera attentif au feuilleton, par curiosité malsaine pour la plupart, tactique pour les initiés.

De toute façon, les trois-quarts des français pensent qu’ »il n’y a pas de fumée sans feu ». Les jeunes sont plus crédules au début de l’affaire. Heureusement, ils zappent très vite. Les anciens, expérience aidant, en ont vu d’autres, et restent plus méfiants ou indulgents. Mais, souvent, lorsqu’arrive la terrible décision, le « non-lieu », chacun se sent cocu. La victime, présumée innocente par la Justice, et soupçonnée d’être coupable par l’Opinion, ne perçoit qu’une réparation ridicule au vu des frais engagés pour faire reconnaitre son innocence. Au mieux quelques lignes dans les gazettes. Inutile de s’attendre à un mea culpa de la part des journalistes. L’arrogance actuelle de Karl Zéro ou Raphaëlle Bacqué qui lancèrent la soi-disant affaire Baudis est stupéfiante. Bien sûr, les medias ont intérêt à allumer ou souffler sur le feu pour vendre du papier ou faire de l’audience. De là à inventer des faits ou payer un faux témoin comme l’a fait Karl Zéro, finalement condamné… Le Tribunal de l’Opinion, qui, à la révélation de l’affaire était bon public, avide de détails, se détourne, blasé et incrédule devant la décision de non lieu.

Saluons quand même aujourd’hui les efforts de quelques radios pour relayer le « non-lieu » dans l’affaire de l’hippodrome de Compiègne. Eric Woerth y était soupçonné de « prise illégale d’intérêts » pour avoir bradé l’hippodrome à une association qui le gérait de longue date. Actualisée sur Wikipédia (après le  récent jugement), la biographie de l’ancien Ministre comporte toujours un « renvoi en correctionnelle » dans une affaire Bettencourt en octobre 2013…laquelle ne visait que Nicolas Sarkozy! Peu importe, le mal est fait,  il faudra ramer pour revenir en grâce auprès du public.

L’Opinion est bien cruelle. Pour certains, un simple délit de faciès entraine un jugement sans appel; il suffit d’avoir la tête de l’emploi,…ce qui n’est pas bien difficile après 24h de « garde à vue ».

Pour Eric Woerth, comme pour bien des élus portant le chapeau, il faudra remonter la pente, rallier sa famille politique, reconquérir des mandats, locaux d’abord. Car heureusement, pour ces rescapés de la politique, qui ont su garder la confiance de leurs électeurs du terroir, le retour sur la scène locale reste une étape accessible. Leur réputation n’a finalement été qu’égratignée. Forts de leurs blessures et d’un regard local indulgent sinon amical, ils retrouvent leur mandat, tout comme Eric Woerth à la Mairie de Chantilly. Le récent non-lieu ne fera que renforcer la confiance que ses proches lui ont toujours témoignée. Davantage réconforté par ses électeurs que par sa famille politique qui y voit le retour d’un redoutable concurrent, l’ancien Ministre rebondira. Car, contrairement à ce que l’on croit, alors que la très grande majorité des élus sont de bons et honnêtes serviteurs, il y a aussi une justice par les urnes.

Pino optimiste


oct 20

 Accéder à la réputation n’est pas si facile.

 Pas si facile d’accéder à la reconnaissance de ses amis, de ses voisins, de ses collègues, ou de ses concitoyens. A cette gloire limitée dans le temps et l’espace, qui est souvent le moteur de l’action. A ce regard social, ce jugement des autres qu’on aimerait voir s’inscrire dans l’Histoire – ne serait-elle que l’histoire de sa propre famille.

Bâtir une réputation, bonne ou mauvaise d’ailleurs, représente un effort quotidien, un travail à plein temps, même si le hasard, les événements, le contexte peuvent apporter le coup de pouce décisif. Mais combien de cols a-t-il fallu que Virenque gravisse avant de sortir de l’anonymat du peloton ! Peut-être sa réputation serait-elle restée plus discrète si son entêtement, au demeurant nécessaire dans un sport aussi exigeant, ne l’avait conduit à nier ce que chacun savait depuis belle lurette, à savoir qu’il se dopait. Combien de mains Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy ont-ils dû serrer, quelquefois à contre cœur, avant d’acquérir une réputation de présidentiables …? Combien pour Ferrari de voitures d’exception et de victoires  avant d’acquérir le statut mondial ? Combien de menaces, de coups tordus, de bagarres, pour Tapie avant de se créer une réputation peu enviable, et de lire dans le regard des autres une lueur de crainte panachée de jalousie, pour celui qui crache sur le système avec cynisme.

Et pour nous tous, combien d’heures d’effort, de sacrifices parfois, pour approcher la satisfaction d’avoir bien fait notre travail, au mieux en tout cas, et que ce soit reconnu sinon apprécié!  Recherche de l’estime de soi, quête de réputation,  voilà  bien pour beaucoup des moteurs de notre vie personnelle et sociale ?

En réalité, rien n’est jamais définitivement acquis. La réputation s’inscrit dans un cycle. Elle se construit, ce qui suppose du talent, de la persévérance, et une certaine capacité à exprimer des valeurs qui rencontrent un écho auprès des contemporains.

Accéder à la réputation est donc difficile. Mais il n’est pas non plus aisé de vivre avec elle. Sur elle. De savoir rester à sa hauteur. D’éviter les déboires qu’elle peut inversement provoquer. Elle crée des exigences pour soi-même, et pour les autres. La tension collective que représente l’idée d’une France glorieuse et fière n’a été supportée qu’un temps par les Français. La conception gaullienne de notre pays est devenue très vite fatigante, insupportable même, pour un peuple trop gâté. La réputation se fit alors contreproductive, et la France un moment abusé par un sarkozisme maladroit se réfugia avec François Hollande dans une promesse implicite d’immobilisme, voire de médiocrité.

Les Français sont fiers d’être des Gaulois. Mais, il faut le reconnaître franchement, le goût de l’effort n’est pas notre vertu première. Hannibal, occupé à recruter des légions pour combattre Rome, l’écrivait à son frère, en train lui-même de lever des mercenaires en Espagne et dans les pays voisins : « Ne prends pas trop de Gaulois. Ils sont courageux dans l’action, téméraires au combat, mais vite découragés et jamais contents ». On ne saurait mieux dire…Cette réputation inscrite dans notre histoire est un peu notre ghetto. Elle est aussi notre richesse. Il nous faut à la fois la combattre dans sa généralité, mais aussi en cultiver le bénéfice possible.

On peut devenir en effet prisonnier de sa réputation. Ils sont nombreux les acteurs qui se plaignent d’être confinés dans des rôles comiques, alors qu’ils se sentent une âme de tragédiens. Et quelle difficulté de jouer les boute en train quand on est porté à la sinistrose…ou le contraire.

Le feuilleton que nous offre le président est affligeant. Que d’efforts pour rester à la hauteur d’une réputation bâtie avec habileté. Car il n’est pas si facile de vivre dans le compromis permanent, même si la nature vous a doté d’une nature généreuse et conciliante. Il avale avec appétit toutes les couleuvres  à portée. Celles que lui tendent ses proches sont sans doute les  plus difficiles à digérer : amis politiques (!), parti, alliés, … A l’étranger le menu n’est pas différent. Il y a bien sûr celles que lui offre avec gourmandise la Chancelière, et celles qu’il avale dans la surprise avec notre allié américain.

On croyait que « diriger c’était choisir ». La méthode Hollande est différente, fidèle à sa réputation, il laisse au temps le soin d’aplanir les conflits, de relancer la machine économique. Taper sur les riches a un moment amusé la galerie. Mais devant le peu d’efficacité de l’artifice, il a fallu taper dans le gras, renier ses promesses, s’arranger avec ses engagements. Exercices dans lesquels il excelle.

Prisonnier de sa réputation d’indécision, il la nourrit au quotidien par des expédients.
Elu président par défaut, il gagne désormais du temps.

Le désordre chez ses adversaires, le « risque » brandi de l’extrémisme, le tempérament légitimiste des citoyens, seront-ils suffisants pour tenir ?

Probablement.

Pino incrédule

sept 05

A l’école chacun se fait sa petite réputation.

Que l’on soit écolier ou enseignant, il suffit de quelques événements, gestes ou anecdotes, pour que se diffuse la rumeur qui bâtira la réputation. Pour ceux qui avaient déjà attiré le regard des autres, elle constituera un capital de confiance, voire de curiosité ou pire de rejet. Préjugé souvent, la réputation peut-être la meilleure ou la pire alliée dans la vie scolaire. D’autant plus, qu’auparavant confinée au cercle de l’école, avec Facebook et Twitter, la rumeur imagée se diffuse à vitesse électronique.

A l’école, tous les ingrédients sont réunis pour que se bâtisse une réputation.

Un lieu clôturé,  véritable cocotte-minute des ragots.

Des acteurs sous pression.

Ecoliers qui découvrent l’imposture de la soi-disant bienveillance naturelle des enfants.

Enseignants, en liberté surveillée, futurs encartés pour la plupart, dont la vocation est rudement mise à l’épreuve dans le tumulte de la classe et l’indifférence des salles de profs. Généreux et compétents pour la plupart, on a simplement oublié de leur expliquer qu’ils n’avaient que quelques heures, jours au mieux, pour installer une réputation, conforter ou contredire celle qu’on leur prête.

Traîner une réputation de « cancre » est plus facile à gérer. Le cancre attire naturellement la sympathie. Une bonne classe doit avoir son ou ses élèves dont les réponses amusent les uns et affligent les autres. Le moindre progrès emporte l’espoir sinon l’enthousiasme. La difficulté pour le cancre sera de gérer un changement de statut.

Etre un élève moyen est la pire des situations. Car pour avoir une réputation, il faut créer des aspérités, bref donner du grain à moudre aux mauvaises langues.

Pour exister, certains jouent les « gros bras ». Tigres de papier pour la plupart, ils font partie de la société scolaire avant-goût de la « vraie vie »!

A l’école, il est plus facile de se construire une réputation que de s’en défaire. Le regard des autres, dans l’enceinte de l’école, entraîne hélas des souffrances quelquefois fatales. Les media rapportent les drames qui touchent les enseignants. Le désespoir d’élèves malmenés, rejetés, est tout aussi tragique.

Mais après tout, l’école est là aussi pour nous apprendre que la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Pino nostalgique

août 25

Le principal capital d’un homme politique serait sa réputation.

La réputation d’un sportif ou d’un dirigeant  se fonde sur des résultats. Celle d’un homme politique est plus complexe. Il existe bien sûr des mandats de « terrain » qui permettent à des hommes dévoués à la cause publique de se confronter aux réalités. En général, ces fonctions citoyennes conduisent au mieux à la gloire locale, voire régionale ; mais la simple reconnaissance d’une fonction bien remplie suffit en général à ceux qui l’exercent. Au détour d’une place ou d’une rue, on retrouvera ainsi les noms de ces anonymes qui ont bien servi leurs administrés.

Et il y a aussi ceux qui, plus ambitieux, talentueux ou opportunistes, ont choisi de s’exposer davantage au regard de la société. Attirer le regard du prince est un raccourci qui comporte aussi quelques inconvénients. Tenir sa fonction et sa notoriété de la volonté ou du caprice des puissants suppose d’avoir l’échine souple. Certains « second couteau » illustrent bien le rôle du fusible. Xavier Bertrand, davantage connu pour sa proximité aléatoire avec le Président, n’existe-t-il pas que selon la volonté du Maître ? Rachida Dati, devenue populaire mais bruyante, a connu rapidement la disgrâce.

Une popularité même éphémère est une bonne opportunité pour se créer une image, plus rarement de fonder une réputation. L’image repose sur la capacité à séduire ; alors que la réputation suppose une solide aptitude à convaincre, ce qui demande en général du travail et du temps.

En prenant un peu de recul, l’actualité récente – abandon des charges contre DSK – illustre également ce constat.

Car au fond, lorsque les faits sont controversés, que le « doute raisonnable » s’est installé, le jugement se fonde sur la confiance que l’on peut accorder aux acteurs.

D’un côté, une personnalité à la compétence reconnue de longue date, aux incartades connues mais jamais sanctionnées. A la réputation largement balafrée, mais suffisamment établie pour conserver un minimum de crédibilité.

De l’autre, une femme sortie en quelques heures de l’anonymat et dont l’avocat commettra l’erreur de lui bâtir une image de « sainte ». Ajoutons à cela un discours communautaire et féministe hâtivement délivré. Jour après jour, mensonge révélé après mensonge, la belle image s’est écornée, l’embryon de réputation s’est effondré. Même « victime », peut-on faire confiance à une femme que la défense a beau jeu de présenter comme manipulée, instable, bref, pas crédible ?
Parole contre parole, une réputation d’homme volage, l’emporte sur une image de menteuse.

A suivre…

Pino le sceptique

mai 11

A quoi servirait tout ce temps consacré à cultiver son talent dans un atelier, un bureau, ou même un stade? A respecter ses admirateurs, clients et partenaires en donnant le meilleur de soi-même? A prendre les bénéfices de son travail, tout en affectant la modestie et la discrétion?

Bref, à bâtir une réputation enviable.

Fondée sur le sentiment de valeurs partagées, cette réputation chèrement acquise, peut se révéler fragile à l’épreuve des raccourcis de la réalité et des jalousies.

Heureusement, le Tribunal de l’opinion est plus intelligent et compréhensif que le petit monde des privilégiés du métier, qui vivent du talent des autres en le dénigrant ou le commentant.

Ex-stars, justiciers d’opérette, médiocres baveurs en mal de chronique, nostalgiques de tout poil, ils feront tout pour faire durer, car ils se nourrissent d’un mot, d’une phrase, rarement d’une idée.

Moralisateurs pour la plupart, manipulés pour beaucoup, ils enregistrent, colportent,… Et se rétractent au besoin, si le vent tourne, car les propos de ces Zorro au petit-pied auraient aussi été mal interprétés. On mettra tout cela sur le dos de l’Internet, du droit à l’information du public, de l’urgence à dénoncer les faux-pas des plus exposés.

Une fois de plus, on saluera ici le talent des journalistes du Canard Enchainé, à la plume certes ironique, mais qui, dans l’écrit, soulèvent des lièvres, prennent leurs responsabilités, et préfèrent les faits aux ragots.

L’humour est un vrai métier, la diffamation une pathologie.

Bien sûr, on pourra toujours expliquer voire excuser ces aigris : « pardonnons leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font! »

Et puis, avec le temps, une « affaire » chasse l’autre. Mais surtout, le regard social est plus indulgent, il intègre la mémoire, fait le tri, se souvient des bons moments passés ensemble, des victoires et des difficultés. L’opinion ne confond pas l’image d’un mauvais geste, d’un « coup de boule », l’écho d’une parole maladroite avec l’intention de l’auteur. Elle sait que nos héros nous ressemblent, et au final, qu’ils méritent aussi une « seconde chance ».

Pino le réaliste