juin 29

En choisissant Eric Woerth pour mener à bien « sa » réforme des retraites, Nicolas Sarkozy avait fait le choix de la vertu affichée dans une République « irréprochable ».

Respecté de tous, reconnu pour sa compétence, apprécié pour son sens du consensus, le nouveau ministre, à la réputation enviable, était l’homme du moment.

Hélas, c’était sans compter avec le comportement stupide de ses camarades du gouvernement et un brin de naïveté et d’arrogance de sa part.

Côté camarades, l’addition est lourde : jet privé et permis de construire bidon pour Joyandet, cigares aux frais de la République pour Christian Blanc, appartement de fonction prêté à la famille par Fadela Amara,…déclarations inconséquentes de Rama Yade.

Saluons ici le rôle irremplaçable du Canard Enchainé qui dénonce consciencieusement tous les mercredis les magouilles, maladresses et manipulations des puissants,…sans verser dans le populisme.

Côté Ministre, il y a probablement quelque provocation à jouer avec le feu en cumulant les risques. Etre trésorier d’un parti politique est une fonction éminemment louche. On y est vite rattrapé par la patrouille surtout si on a la main sur le Budget de la nation,…et que sa femme conseille le plus gros contribuable du pays.

Croire que sa bonne mine et son intégrité revendiquée, évitent de respecter quelques règles de prudence, relève de la forfanterie. La vertu est suspecte. S’en réclamer crée beaucoup plus d’obligation que d’obligés.

Après avoir été l’ « homme de la situation », Eric Woerth, présumé innocent (mais la question n’est plus là), est devenu un « obligé » du président, un de plus.

Un moment au dessus du lot politique, le ministre encore « droit dans ses bottes » rentre dans le rang.
Au fait, à qui profite le crime ?

Pino le vertueux

juin 24

« France exited in disgrace from the World Cup on Tuesday with no victory and little sympathy for a team that infamously use an intentional handball to get into The tournament and self-destructed on the way out ».

Pas facile de faire la une du New-York Times!

Cet exploit des bleus,   sous le regard d’une presse internationale ironique, affecterait même  l’ image de la France.

On ne va pas revenir sur histoire et la description imagée (hélas fidèle) qu’en a faite Roselyne Bachelot, profitant de l’occasion pour se refaire une santé: « des caïds immatures commandent à des gamins apeurés, un coach désemparé et sans autorité, une fédération aux abois… »

Bref, un désastre national, mais aussi une opportunité que Nicolas Sarkozy, en politique à l’affût, ne pouvait laisser passer.

Car notre président se préoccupe davantage de l’image de la France que de sa réputation. C’est vrai qu’il est plus facile de s’indigner que de « sanctionner » les comportements honteux ou simplement maladroits de ses proches.

Heureusement pour nous, la réputation de la France se construit par sédimentation. Il y a des couches plus ou moins résistantes ou brillantes, mais sur un organisme fragilisé, l’addition de gestes peu glorieux laissera quelques traces, pour un temps bien sûr.

Au fond, on voit bien que ce n’est pas la défaite qui égratigne notre réputation, c’est notre comportement. Ce qu’épingle la presse internationale, c’est la lâcheté de la fédération, le cynisme du coach, la tricherie d’un joueur aussi talentueux que stupide.

Rassurons-nous toutefois, lorsque l’image de la France est en question Sarkozy monte au créneau, comme s’il n’avait pas mieux à faire.

Un fois de plus, par démagogie, il loupe l’occasion d’agir en homme d’Etat,  se concentrer sur l’essentiel.

Il est vrai, qu’en homme pressé, il préfère gérer le quotidien et son image.

Entre image et réputation , il a fait pour lui-même et notre pays, le choix de la facilité.

Pino grognon

juin 18

Les « bleus » n’ont pas fait mentir le dicton.
Après une qualification arrachée, une préparation sabordée, les multiples maladresses et provocations d’un coach caractériel et de joueurs immatures, on retrouve un brin de justice dans la déroute.
Du beau gâchis, à en croire les amateurs.

Et pourtant la réputation des bleus faisait trembler nos adversaires et monter les enchères.

Précédée par ce redoutable préjugé (98…et même 2006), l’équipe de France était jouée à 3 contre 1 dans le dernier carré de la Coupe du monde.
Comme quoi la réputation (au bénéfice d’un passé glorieux) peut être une promesse fallacieuse.

Deux années de piteux résultats, de susceptibilité affichée, n’avaient fait qu’ébrécher une réputation enviable.
Comme quoi aussi, la réputation est plus solide qu’on ne le présume.

Dans le foot, la part de rêve de chacun sur fond cocardier, vient au secours des demi-talents.
Après avoir eu le bénéfice du doute, les bleus, sous la houlette d’un coach irascible adoubé par une fédération couarde et complice, ont réussi l’exploit de se mettre à dos les supporters les plus indulgents.
Le 17 juin, ils ont libéré la parole, et ce qui se disait avec mauvaise conscience, est désormais clamé au grand jour, dans une solidarité enfin retrouvée.

Pino le honteux

juin 12

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« Il n’y a rien qui fonde mieux la réputation que la disgrâce »
Winston Churchill

Longue à bâtir, délicate à cultiver, une réputation sans tache est selon William Shakespeare “le plus pur trésor que puisse donner l’existence humaine”.
Construite avec patience sur des comportements et des réalités, la réputation est un patrimoine plus solide qu’on ne le croit souvent.

En fait, la réputation des marques, des entreprises, des personnes ou des institutions s’inscrit dans un cycle. Il faut d’abord la bâtir, et pour cela exploiter avec habileté les opportunités.

Puis, il faut la nourrir par des réalités et des comportements qui la confortent. Vivre sur sa réputation est par la suite un exercice périlleux, car on sort vite du jeu. Mais il faut aussi et surtout la protéger car comme le dit Montesquieu : “les réputations les plus brillantes sont les plus exposées”.

Pour se bâtir une réputation, il faut du talent bien sûr, beaucoup de travail souvent, et surtout du temps. La combinaison de ces facteurs nécessaires peut varier avec l’époque. Beaucoup de talent (et un peu de chance) peut conduire à créer une image, vite diffusée sur le net, et souvent volatile. La réputation est d’une autre nature, elle se construit par sédimentation, en additionnant des images, certaines plus prégnantes que d’autres, formant ainsi le film de la vie publique d’une personne ou d’une institution. La réputation sera jugée bonne ou mauvaise suivant que l’intention et le scénario s’accordent plus ou moins bien avec les valeurs du moment.

Il n’y a pas de réputation sans talent. Certaines vedettes du sport ou du spectacle crèvent rapidement l’écran. Au-delà de leurs dons, c’est surtout leur personnalité qui fascine : Michael Jackson ou Tiger Woods illustrent le propos.

La reconnaissance du talent est moins fréquente dans le monde politique où les suffrages des citoyens se fondent davantage sur la perception de l’action que sur la réalité des actes.

Il faut aussi « travailler » son talent. Derrière un swing parfait ou une note tenue, il y a souvent des milliers d’heures de travail. Et, le talent, c’est aussi de faire oublier le travail pour partager un instant magique.

Il n’y a pas de réputation sans Histoire. Certes il y faut de petites anecdotes qui aideront à bâtir la légende et l’illustreront. Mais la réputation,  regard des autres, ne s’apprécie que dans le temps. Bien peu d’élus accèderont à cette reconnaissance car les pièges sont nombreux et le Tribunal de l’opinion est peu indulgent.

L’équation de Gracian

L’observateur, un peu cynique, se régale tous les jours des maladresses des « puissants ».

Le philosophe qui a le mieux exposé le risque sur la réputation est un Jésuite espagnol du XVIIème siècle. Selon Gracian, le “management” de la réputation s’écrit en une équation simple composant mérite et réputation. Lorsque la réputation est supérieure au mérite, il faut être “réservé”. A l’inverse, lorsque le mérite est supérieur à la réputation il faut “se produire”…. Et de poursuivre “le monde est une carrière qu’il est difficile de bien commencer et de bien finir ; l’expérience nous manque pour l’un, souvent elle nuit pour l’autre”.

Tout est dit ou presque sur la difficile maîtrise de ce patrimoine culturel complexe : la réputation. Lire la suite »

juin 02

Après la tempête, il y a souvent de forts coups de vent qui mettent à l’épreuve les embarcations fragilisées et les équipages rendus fébriles. Certes, un bon capitaine, expérimenté et serein, rassure ; mais la mer est là pour nous rappeler aux réalités.

En Bourse, il y a aussi des réalités, des esquifs plus ou moins solides, et des capitaines plus bavards qu’efficaces. Bien sûr, avec la tempête il y a eu quelques naufrages douloureux et de hâtifs retours au port. Et puis, il y a eu l’éclairci tant attendue et, à peine convalescent, il a bien fallu reprendre la mer, la coque pleine de trous !

Rien d’étonnant à ce qu’au premier coup de tabac, réputation oblige, la confiance méritée dans le passé, soit à nouveau reconnue dans la tourmente. Le dicton « qui a bu, boira », devient « qui résiste, résistera ».

Car la réputation n’est pas simplement un jugement, elle est aussi une promesse pour le futur.
On a vite constaté que la réputation était récompensée, notamment en Bourse. En 2009, les entreprises les plus réputées (notation de l’Observatoire de la réputation) ont rebondi de +51% alors que le CAC 40 n’a progressé que de 22%…

Mais, dans le mini krach boursier actuel, comment ont résisté les entreprises que l’Observatoire de la réputation avait notées comme les plus réputées ?

En tête du peloton, Essilor était noté RRRRR, et son patron Xavier Fontanet, désigné comme le patron le plus réputé parmi ceux des entreprises du CAC 40.

Sur les 5 premiers mois de l’année 2010, alors que l’indice CAC perd 12%, le cours d’Essilor progresse de 11% !…Bravo capitaine.

A l’inverse, les derniers de la classe, notés R comme ArcelorMittal, Dexia, Total, perdent en moyenne 20%, confirmant ainsi le manque de confiance que l’on accorde à leur management.

En fait, la tempête ne fait que confirmer ce que l’on appréciait ou redoutait, et il est bien difficile d’échapper à sa réputation.

JPP