Rarement Garde des Sceaux avait suscité plus d’espoir.
Chez les humbles et les faibles, les mal-nés, les toujours-moins de la République, les blacks, beurs et les petits blancs, dans les cités et les pavillons, on misait gros sur la Cosette de Chalon, l’aide-soignante des grabataires, la mère-courage de la tribu Dati prenant sa fratrie sous son aile, la bûcheuse qui payait ses études en bossant à Prisunic.
Rarement ministre avait su gagner autant de sympathies. Celles des puissants, des nantis, hommes et femmes politiques, de droite comme de gauche, patrons du CAC 40, manitous des media, heureux de jouer les Pygmalion de cette beurette sans pareille.
Ils n’étaient pas les seuls à se laisser séduire par celle qui se battait pour se hisser jusqu’au faîte du pouvoir, en usant de ses armes, sa beauté et ses charmes, ses craintes de ne pas savoir, son culot d’y aller quand même, ses rires et ses larmes, sa rage de vaincre, son sens de l’intrigue et de la calomnie, ses talents de manipulatrice, ses bouffées de haine, et, bien sûr, ses mensonges.
Elle avait conquis les cœurs des anonymes, de ceux qui sont sûrs de gagner, un jour, au loto, de rencontrer le prince charmant et rêvent, par à-coups électoraux, de lendemains chantants dans une France égalitaire et fraternelle.
Rêves et réalité dissonent bien souvent. Comme eux, vérité et politique peinent à s’accorder au siècle de la politique-spectacle.
C’est peu dire que Rachida Dati a raté son examen de passage place Vendôme.
« 30 réformes en 30 mois selon elle ».
Oui, mais pour beaucoup inappliquées, faute de moyens de mise en œuvre, et surtout imposées par la force, sans dialogue, dans la précipitation et la brutalité là où il aurait fallu mobiliser les bonnes volontés qui ne manquaient pas. Les circonstances se prêtaient aux réformes. Le drame d’Outreau questionnait jusqu’aux plus conservateurs. La France pouvait enfin et devait se doter d’une justice capable d’en tirer les leçons. Mais on ne change pas une société par décret, pas plus qu’on ne change mentalités et comportements par l’arrogance et le mépris affiché à l’égard des serviteurs de la loi.
C’est peu dire que Rachida Dati, qui sait comme personne forcer la chance, a bien peu l’art de la faire fructifier.
N’a-t-elle pas déçu nombre de ses « amis », dévoués à sa réussite, qui avouent aujourd’hui leur naïveté ou leur orgueil d’avoir cru en ses protestations d’admiration, de gratitude, en ses lettres enamourées pour service rendu ou à rendre, en ses doléances d’éternelle victime du racisme, du sexisme, du machisme de notre société ? Bienheureux celui qui n’a reçu en récompense que le dédain de l’oubli quand d’autres se mordent les doigts d’avoir croisé sa route.
C’est peu dire, aussi, que Rachida Dati a surpris ceux qui comptaient sur son intelligence des situations pour la voir endosser l’habit de ses fonctions au « ministère des malheureux ».
Mais elle a choisi l’habit de lumière. Drôle de choix. Drôle de dame dont on attendait moins de « starisation » et plus d’ardeur au travail, moins de souci de sa propre personne et plus d’engagement au service de l’Etat, moins de paraître et plus d’être, moins de mensonges aux autres et à soi-même sur ses diplômes, sa famille, ses amis, ses ennemis, ses absences, ses retards, ses croyances.
« Exfiltrée » du gouvernement, Rachida n’est en rien défaite. Pas sûr qu’elle s’implique davantage dans cette « Europe qui s’occupe dans ce qu’on lui donne à s’occuper ». L’important, c’est de continuer à faire rêver l’électeur. Elle n’a rien perdu de ses atouts la Cosette de Chalon : ses yeux, ses sourires, sa fantaisie, ses larmes, Zohra et son père inconnu, ses combats, ses victoires et sa disgrâce. La presse people et ses lecteurs en redemandent.
Icône bling-bling consacrée par le prince, déchue de son rang de favorite pour avoir trop fidèlement copié son maître, Rachida est au fond une victime, rôle qu’elle affectionne pour son pouvoir de séduction. Une victime du « coup de génie politique » qui l’a placée à la Chancellerie à rebours de sa personnalité. Cette erreur sur la personne est un mensonge d’Etat.
Mira Bô

4 juin 2009 à 11:24
J’ai bien aimé la phrase du directeur général d’Air France (je crois que c’est lui) qui a dit « vous pouvez nous faire confiance on vous dira tout ».
A bientôt
5 juin 2009 à 9:24
J’ai l’impression que Mira Bô a un petit passif avec Rachida.
Marcel