S’il y a un pays où le mot rebond a un sens, c’est bien sûr aux Etats-Unis.
Alors que chez nous, l’initiative est souvent suspecte et que les courageux devront faire longtemps leur preuves, lutter contre la frilosité des banquiers.
En cas de succès, il faudra avoir la victoire modeste. Dans la défaite, pas d’excuse et profil bas.
La France du XXIème siècle, est bien loin de celle des révolutionnaires ouverte à toutes les idées et hélas aussi à tous les excès. Le conservatisme dans les attitudes et comportements, la bien-pensance dans les discours, le souci de son pré carré dans ses biens ou même sa réputation sont de règle.
Ce qui fait la richesse de notre pays est à coup sûr son histoire; ce qui en fait sa faiblesse est sans doute sa mémoire. C’est aussi pour cela, que pays latin, nous attachons tant d’importance à la réputation, et au temps qu’il faudra consacrer à la bâtir.
Traversant l’Atlantique on découvre les vertus de l’oubli et la volatilité de la réputation. « Yes we can! » résume la culture américaine, et s’applique si bien lorsqu’il s’agit de construire et pas seulement de protéger. Dans l’exercice, il ne faut pas être alourdi par trop de scrupules, mais le résultat est souvent au rendez-vous.
Le dernier hit-parade du magazine Fortune sur les « Most Admired Companies » (best reputation companies) illustre bien la faculté anglo-saxonne de tourner la page et de fermer un oeil. Alors que les compagnies pétrolières et les constructeurs automobiles ont longtemps trustés les premières places du classement, et que fort logiquement Apple et Google se partagent le podium, Goldman Sachs se classe dans le Top ten de Fortune. Le banquier gagne même 7 places sur 2009!
Fortune précise que malgré son rôle majeur dans la crise financière (sans oublier la spéculation récente en Grèce), le réalisme a prévalu dans les jugements: Goldman Sachs n’a t’il pas remboursé en 6 mois son emprunt de 10 milliards de dollars et versé 23% d’intérêts au contribuable américain?
En France, nous sommes plus rancuniers et les banquiers n’ont pas la cote, probablement pour longtemps.
Serions nous plus vertueux?
Pino


22 mars 2010 à 13:59
En tant que banquier, je trouve réjouissant que les Américains soient prêts à revisiter rapidement leurs haines et leurs mépris.
Il est vrai que Golman Sachs est un choix plutôt consensuel. Certes, les Européens ne retiennent de cette maison que leurs agissements troubles autour de la Grèce. C’est vrai que ses boys ne sont pas des enfants de choeur….Mais Goldman Sachs est aussi la banque qui a su le mieux anticiper la crise des subprimes, et qui a gagné beaucoup d’argent en jouant la baisse. Elle a, comme les autres, profité de l’aide gouvernementale ( les perspectives de défaillances des autres banques la mettaient en danger ), mais elle a remboursé très vite, avec de plantureux intérêts.
Quant à la France, on oublie de dire que nos banques ont été assez protégées de la crise par la dispersion de leurs risques ( à quelques exceptions près comme Natixis et Dexia ). Très très loin, en tout cas, de la déconfiture britannique ! Chez nous, l’aide gouvernementale a été aussi remboursée avec intérêt. Au final, l’Etat aura beaucoup gagné dans cette affaire, contrairement à ce que veulent nous faire croire quelques esprits politiques chauffés à blanc dans leur haine du grand capital.
Hélas, je crains que la mauvaise réputation des banquiers soit une donnée beaucoup plus ancienne de notre société, liée à la religion ( la parabole des Talents ), à un dégoût des puissances d’argent ( Front Populaire ), et à la persistance chez nous d’un courant marxiste très fort. Cette « réserve d’indiens » marxistes que le monde nous envie, et qui commence à intéresser, au plus haut point, les paléonthologues de toute la planète.
Assurément, il est bien dur dans notre beau pays de se dire banquier. Et à l’image de Séguéla, je préfère dire, dans les dîners en ville, que je suis « pianiste dans un bordel ».
Bernard
22 mars 2010 à 17:33
Etre pianiste dans un bordel, n’a rien de déshonorant, cela peut même être assez sympa.
Et pour un banquier cela pourrait bien devenir très rentable si l’on en croit la rumeur de réouverture de ces « maisons ouvertes ».
Plus sérieusement cher Bernard M, la réputation des banquiers n’a pas toujours été si mauvaise. Il y a 10 ans le Crédit Agricole figurait en bonne place dans le classement mondial des « Most Admired Companies ». Et en 2005, BNP Paribas, Société Générale étaient notées RRR par l’Observatoire de la réputation. Entretemps des événements de fond (spéculation hasardeuse notamment…) ou de détail (service dégradé, relevés illisibles, conseillers injoignables…) ont largement contribué à égratigner leur réputation auprès du public.
Dans les derniers mois, certaines banques ont décidé de relever le défi: il y en a même une qui promet la fidélité de « son » conseiller pendant 7 ans. Espérons que cela ne sera pas seulement de la pub!
Pino
23 mars 2010 à 9:33
Je trouve que Bernard a raison.
Y en a marre de la bien pensance (sic).
Arrêtons d’être hypocrite. On est à la remorque de l’économie et des banquiers américains.
Yves