juin 29

En choisissant Eric Woerth pour mener à bien « sa » réforme des retraites, Nicolas Sarkozy avait fait le choix de la vertu affichée dans une République « irréprochable ».

Respecté de tous, reconnu pour sa compétence, apprécié pour son sens du consensus, le nouveau ministre, à la réputation enviable, était l’homme du moment.

Hélas, c’était sans compter avec le comportement stupide de ses camarades du gouvernement et un brin de naïveté et d’arrogance de sa part.

Côté camarades, l’addition est lourde : jet privé et permis de construire bidon pour Joyandet, cigares aux frais de la République pour Christian Blanc, appartement de fonction prêté à la famille par Fadela Amara,…déclarations inconséquentes de Rama Yade.

Saluons ici le rôle irremplaçable du Canard Enchainé qui dénonce consciencieusement tous les mercredis les magouilles, maladresses et manipulations des puissants,…sans verser dans le populisme.

Côté Ministre, il y a probablement quelque provocation à jouer avec le feu en cumulant les risques. Etre trésorier d’un parti politique est une fonction éminemment louche. On y est vite rattrapé par la patrouille surtout si on a la main sur le Budget de la nation,…et que sa femme conseille le plus gros contribuable du pays.

Croire que sa bonne mine et son intégrité revendiquée, évitent de respecter quelques règles de prudence, relève de la forfanterie. La vertu est suspecte. S’en réclamer crée beaucoup plus d’obligation que d’obligés.

Après avoir été l’ « homme de la situation », Eric Woerth, présumé innocent (mais la question n’est plus là), est devenu un « obligé » du président, un de plus.

Un moment au dessus du lot politique, le ministre encore « droit dans ses bottes » rentre dans le rang.
Au fait, à qui profite le crime ?

Pino le vertueux

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  1. Marcel a dit :

    Qu’est-ce qui t’arrive mon vieux Pino?
    On te sent désabusé.
    La « vertu » t’aurait-elle joué des mauvais tours.
    Vivement les vacances.

    Marcel

  2. Pino a dit :

    Cher Marcel

    On a tous besoin de croire…et à chaque fois on se laisse prendre.
    Ce qui m’interpelle (quelque part!) c’est le mépris dans lequel tous ces hommes « vertueux » semblent nous tenir.
    Se poser la question devient un crime de lèse-majesté.
    A l’inverse l’acharnement des Royal et associés a quelque chose de pathétique.
    Pour la morale j’aimerais qu’il est raison; mais pour l’éthique, je m’interroge.

    Pino

  3. Bernie a dit :

    Cher Pino,

    Bravo pour cet éditorial ! J’ai tout aimé dans ce papier. Et surtout cette suspicion de forfanterie; un doute qui n’en est pas un, en fait : toute l’éducation de nos élites repose sur un excès de confiance dans leurs capacités individuelles, ce que d’aucuns appellent la mégalomanie ( à ce sujet, lire l’excellent numéro du Point sur cette maladie de l’époque )…. Le malheur est que cette triste histoire Bettencourt jette l’opprobe sur un homme politique qui n’était pas le pire. Loin de là ! Il a pêché par imprudence assurément. Ou – et je préfère cette hypothèse – par simple amour, en pensant que sa femme méritait sans doute de suivre une aussi belle carrière que la sienne. Mais, sa conscience assumée et revendiquée est un frêle rempart contre les accusations et les rumeurs. Notre société n’accorde, hélas, plus la présomption d’innocence, surtout dans le monde politique, où la présomption de culpabilité est la règle…

    Ce qui m’amène, cher Pino, à contester votre coup de chapeau au « Canard ». C’est certes un bon contre-pouvoir qui a sa raison d’être. Mais par sa volonté de tout dénoncer dans le détail, avec le même empressement qu’un Marianne qui fait sa une, cette semaine, avec « le voyou de la république » en parlant de notre président , il suscite une montée fatale de l’anti-parlementarisme. Il accrédite l’idée du « tous pourris », et il dilue son message qui perd de la force quand il s’agit de dénoncer les vrais scandales ( comme ceux régulièrement évoqués par la Cour des Comptes ). C’est comme si Zola s’était mis dans la tête de rédiger un « J’accuse » tous les huit jours !… Hélas, son plaidoyer pro-Dreyfuss serait passé totalement inaperçu….

    C’est tellement vrai que le débat politique se réduit aujourd’hui à un seul mot, utilisé à toutes les sauces, et qui constitue l’ingrédient premier de notre brouet politique : « la polémique »…. Tout cela est navrant !

    Et pendant ce temps-là, le débat sur les retraites, pourtant vital au pays, est soigneusement évité. Oui, je suis bien d’accord, à qui profite le crime ?

  4. Jean-Pierre Piotet a dit :

    Plutôt d’accord avec votre commentaire cher Bernie.
    Une nuance ou même deux.
    Le Canard n’est pas Marianne. Il cancane tous azimuth…et gagne la plupart de ses procès. Marianne est à la remorque, fait de la surenchère, manque de nuances.
    Quant aux scandales révèlés par la Cour des Comptes, ils sont crédibilisés par le Canard: le monde à l’envers.
    Pino

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