fév 07

Il en faut du temps, du talent, des mains serrées, du courage quelquefois, des couleuvres avalées, pour se bâtir une réputation en politique.

Créer cette relation de confiance qu’il faudra mériter tous les jours, et qui entraine d’autant plus d’obligations que l’on se réclame de valeurs qui relèvent plus de la morale de l’époque que de l’éthique personnelle.

Plus votre réputation est élevée dans l’esprit de vos contemporains, plus elle vous oblige. Tel élu aux multiples casseroles est mieux protégé contre les mauvaises nouvelles que celui qui a patiemment construit une réputation d’honnêteté que les français exigent, tout en élisant de moins vertueux.

Bref, à quoi servirait une bonne réputation si on ne peut s’en réclamer ?

En réalité, rien n’est jamais définitivement acquis.

Accéder à la réputation est difficile. Mais il n’est pas non plus aisé de vivre avec elle. Sur elle. De savoir rester à sa hauteur. D’éviter les déboires qu’elle peut inversement provoquer. Elle crée des exigences pour soi même, et pour les autres.

On peut devenir en effet prisonnier de sa réputation.

Ils sont nombreux les acteurs qui se plaignent d’être confinés dans des rôles comiques, alors qu’ils se sentent une âme de tragédiens. Et quelle difficulté de jouer les boute en train quand on est porté à la sinistrose…La famille, les voisins, les collègues, le public vous enferment dans une fonction, dans un rôle. Quelquefois l’habit de scène devient trop étroit, ou alors c’est la mode qui change. La réputation, notre réputation, s’installe dans un ensemble dont nous ne maîtrisons que certains paramètres.

Bâtie avec patience sur des réalités et des promesses, elle peut être fragilisée par des fautes, maladresses, ou des agressions. Il faut alors la protéger, quelquefois la défendre. Certaines égratignures ne font que l’humaniser. D’autres blessures plus profondes réclament un traitement spécifique, parfois l’assistance  de conseillers ou d’experts. D’autres enfin supposent une intervention d’ordre chirurgical. On ne peut tout laisser dire, tout laisser faire, au risque de gangrène. Il y va de sa propre intégrité.

L’agression la plus grave est à coup sûr la calomnie, cette accusation devant le Tribunal de l’Opinion portée sciemment contre quelqu’un, afin de jeter sur lui le discrédit.

Elle se présente comme une attaque frontale, complaisamment relayée, amplifiée, exploitée, entretenue. Et le public attend l’affrontement, il s’invite au spectacle, guettant, faute d’aveux, la moindre maladresse ou inexactitude qui nourrira la « série ». A moins qu’une révélation, conservée au frais par un soi-disant journaliste en mal de notoriété, ne vienne stimuler l’audience.

Une « erreur » devient mensonge. Peu  importe de « livrer aux chiens » l’honneur d’un homme, sans attendre le jugement.

Après tout, en recherchant notre confiance puis nos suffrages, il l’a bien cherché !

Pino fâché

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