mar 30

On l’a dit, écrit, soutenu, la réputation fonctionne davantage comme un parapluie que comme un parachute. Si la réputation permet d’amortir les mauvais passes, encore faut-il savoir s’en réclamer?

Il est vrai que le public se montre compréhensif devant les premiers faux pas, voire tolérant sinon complaisant lorsqu’ils nous ramènent à nos propres comportements ou intérêts.

Mais pour que la réputation apporte l’immunité, encore faut-il avoir vacciné ses sujets ?

L’inoculation consiste à injecter l’idée d’une légère déviance par rapport à la morale du moment, la faire admettre comme partagée, et à pratiquer les rappels nécessaires. Inscrire dans la mémoire commune un paradoxe acceptable.

Ainsi, lorsque la rumeur devient nouvelle, il n’y a pas de mauvaise surprise, et le patient-citoyen n’est guère affecté par l’information, somme toute bien banale. Encore faut-il le faire avec habileté ? Par exemple, ne pas avoir mis la barre trop haut en se proclamant vertueux et dénonçant les infidèles.

Qui suis-je pour condamner ?

Il faudra distiller le poison à petite dose et dans le temps pour éviter tout choc.

Bref, ne pas être brutal par une révélation non maitrisée, au mauvais moment. Le pire étant celui d’une élection, bien sûr.

La dénonciation de sa déviance par un tiers complique les choses. Tout le monde sait que les hommes et femmes de pouvoir sont pour la plupart gourmands dans la vie. Les choses se compliquent lorsque les gazettes dérapent, que les gendarmes se déplacent, et que la justice s’en mêle.

Et pourtant, certains s’en tirent très bien. Surtout ceux dont la popularité, qui n’est pas un jugement de valeur, prend le pas sur la réputation. Le « tous pourris » est bien arrangeant pour celui dont la réputation sulfureuse le place dans le peloton de tête. Mais, s’il a inoculé avec patience ses électeurs et géré au mieux leurs intérêts, le vote – même honteux – est ouvert.

Prenons le cas d’un édile local, grand bâtisseur d’écoles, crêches,…soutien actif des services sociaux, plutôt cordial et à l’écoute. Caricature du paternalisme électoral, il en a toutefois bien des défauts. Flirtant avec la ligne jaune et quelquefois dans le rouge et même condamné, il est toutefois plébiscité pour ses bons services, au grand dam d’adversaires peu efficaces lorsqu’on leur confie les manettes. « Au moins, il est honnête », ne fonctionne pas dans les affaires.

Dans l’actualité, il y en a de plus vertueux qui sont à la peine, faute d’avoir semé des petits cailloux.

Déni, manque de réalisme, sens politique peu aiguisé pour le job convoité et qui augure mal d’un avenir dans lequel la vertu risque de ne pas être la qualité la plus attendue.

Pino dubitatif

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